par Eloïse Lehmann

Le verdict final est tombé ce mardi 30 mai 2018 : l’Ibama a définitivement rejeté le projet de forage de Total au Brésil.

 Souvent l’environnement est mis à mal au gré des intérêts des grandes entreprises.

Ainsi Total, BP et Petrobras ont acheté il y a quelques années des blocs de concessions supposément riches en pétrole au large du Brésil.

Malheureusement pour eux et heureusement pour la population environnante et la biodiversité, Greenpeace est arrivé. L’Organisation Internationale non Gouvernementale (OING ou ONGI comme on voudra) a découvert dans l’espace où étaient prévus des forages, au large de la Guyane, des « structures récifales » qui viennent s’ajouter aux découvertes précédentes d’un récif corallien en 2016 au large du Brésil. D’autres tests sur les échantillons récoltés sur le bateau de Greenpeace « l’Esperanza » restent à faire, laissant présager d’autres révélations prochainement. Effectivement, on évaluait à environ moins de 10%[1] la connaissance de ce récif en 2017, et bien que les recherches soient nombreuses et augmentent ces derniers temps, il reste encore de nombreuses choses à découvrir.

Capture d_écran 2018-06-02 à 12.03.31En jaune les récifs

LE BLOC FZA-M-86

En avril 2016, 9 500 km2 de récifs coralliens avaient déjà été découverts. La recherche, menée par Greenpeace, allait déjà à l’encontre des plans de Total. Le projet était de creuser un puits d’exploration à 1 800 mètres de profondeur et à , soi-disant, à au moins 28 km de distance des rhodolites (nodules ou concrétions calcaires issues d’algues calcifiées).

En poussant, en approfondissant, si on ose dire, un peu les recherches, on s’aperçoit que les chiffres varient allègrement, allant de 8 à 30 km de distance. En avril 2018, cette région de récifs s’étendait au moins sur 56 000 km2 avec notamment des coraux présents dans le bloc « FZA-M-86 », acheté par Total. Le problème est particulièrement critique pour de ce bloc.

En effet, le permis « Guyane Maritime » donné à Total en 2011, lui permettant de chercher d’autres sites d’exploitation dans les environs, a été prolongé en septembre 2017 jusque dans les années 2019. Cette exploration devait se terminer par un dernier puits fin 2018-début 2019, puits se trouvant justement dans le bloc FZA-M-86. Nous sommes directement concernés.

Concéder n’est pas autoriser à forer.

Des expertises faites par les grands groupes industriels avaient été demandées par le Brésil, car y acheter des concessions ne signifie pas que le droit de forer est octroyé. Une étude d’impact environnemental est obligatoire, portant sur l’exploitation du site et les risques de marée noire. Par deux fois déjà le droit de forer a été refusé par l’autorité environnementale brésilienne, l’Ibama, bien que Total écrivait par exemple dans son rapport au début de mai 2018 qu’ « aucune formation biogénique n’a été identifiée dans le bloc FZA-M-86 ». A l’évidence une omission volontaire ou un manque de compétence. Le refus était clairement une bonne nouvelle, qui montrait que l’environnement passait avant les intérêts financiers des entreprises.

L’autorité environnementale du Brésil avait aussi refusé le droit à BP de forer, car tout comme Total, les études d’impact manquaient curieusement d’informations approfondies

La cause est mondiale car elle concerne toute l’humanité.

Les risques sont extrêmement importants dans cette zone. En cas de marée noire et si le pétrole atteint les côtes, en plus de la catastrophe environnementale pour les eaux aux alentours, la Mangrove sera impossible à protéger et , si nécessaire, à nettoyer. Cette dernière constitue l’un des quatorze biomes terrestres que le WWF (World Wide Fund) a défini, c’est-à-dire un ensemble d’écosystèmes caractéristiques d’une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptés. C’est une biodiversité exceptionnelle à préserver absolument .

Les récifs de coraux se trouvent à l’embouchure de l’Amazone (cf carte) et s’étendent jusqu’à la Guyane, d’après les découvertes faites pour le moment. Les sédiments et la boue rendent les eaux troubles, ce qui explique que ce récif n’ait pas été découvert auparavant. De plus, alors qu’habituellement les coraux ne vivent pas à plus de 30 mètres de profondeur, ils sont ici présents à 100 mètres. Leur structure et leur formation sont différentes de celles connues dans la grande barrière de corail en Australie, mais les récifs restent des nurseries et des oasis indispensables à la faune maritime. Elle y trouve notamment de la nourriture, des refuges et une protection face aux prédateurs. Cet endroit est unique en son genre et original en tout point. C’est une nouvelle découverte, qui laisse penser que des endroits inexplorés nous cachent encore de nombreuses surprises, qu’il serait impardonnable de détruire, sous quelque prétexte que ce soit .

Les coraux sont des êtres-vivants extrêmement fragiles et sensibles aux changements de conditions dans leur milieu de vie. Le pH, la température, la composition, tout est important et rien ne peut être susceptible de changer, c’est trop risqué pour la viabilité des coraux.

Au nord de la Grande Barrière de Corail, 99% du corail est en train de mourir selon une étude réalisée par les chercheurs australiens de l’Université de Townsville en 2016. Cela est, toujours selon cette étude, due au réchauffement climatique. Cela signifie que les changements de températures représentent d’ores et déjà une menace extrêmement importante pour les coraux, alors si nous leur ajoutons les conséquences de puits forés et des risques de marées noires, on ne pourra pas s’étonner de leur disparition dans les années à venir.

 

Capture d_écran 2018-06-02 à 12.04.03Source : « Blanchissement massif des coraux en Nouvelle-Calédonie »,

IFRECOR (Initiative Française pour les Récifs Coralliens), 2016.

Total a épuisé ses recours

Cependant Total, qui est la Compagnie qui a mis le plus d’argent pour l’achat de ces blocs, n’avait pas baissé les bras et utilisé tous les recours. La rentabilité avant tout, quitte à minimiser voire à masquer les risques. Effectivement, on peut se douter, même si on n’est pas spécialiste, que les effets d’une marée noire seraient dévastateurs pour les écosystèmes des environs. Greenpeace s’est déjà manifesté devant le siège de Total à La Défense à Paris, en y déversant 3 000 L de mélasse sur environ 400 m2. La métaphore des marées noires est claire .

Capture d_écran 2018-06-02 à 12.04.41Source : Simon Lambert, Greenpeace

Citoyens du monde, nous le sommes, particulièrement lorsque le sujet concerne l’environnement. Une marée noire fait des ravages sur les écosystèmes du lieu de la catastrophe, mais on en paye aussi les frais plus loin : les poissons que l’on consomme ont sûrement aussi ingurgité du pétrole, la biodiversité s’amenuise… La Guyane c’est loin mais elle reste un département français, raison de plus pour rester vigilant..Que dit  le gouvernement?

OUF !

Le verdict final est tombé ce mardi 30 mai 2018 : l’Ibama soit l’ Etat a définitivement rejeté le projet de Total. Une victoire pour l’environnement grâce au Brésil, qui malgré l’incertitude politique a montré que faire passer les intérêts environnementaux avant ceux des entreprises n’était qu’une question de volonté politique. A étendre à toute l’Amazonie ! Exemple à suivre pour tous les autres pays du monde, qui seront eux aussi sûrement confrontés à des cas similaires dans les années à venir. Et nous pour la Guyane!

Eloïse Lehmann

[1] Dans l’article du Monde « Une plongée extraordinaire au-dessus du récif corallien de l’Amazone », publié le 1er février 2017, selon une confession de Fabiano Thompson, océanographe et professeur de microbiologie à l’université fédérale de Rio de Janeiro.

Un commentaire sur « Pétrole et coraux inconciliables : le projet de Total rejeté. »

  1. Hourra! Pour Greenpeace et l’environnement du Brésil .Enfin ils ont eu gain de cause. Quel bel exemple pour les autres pays. Que c’est rafraîchissant de lire ce genre de nouvelles. ……nous vaincrons!

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