Par Gervaise Thirion.

La tuberculose (TB) tue encore 1,8 million de personnes par an.  Selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé),  c’est  la  maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. Triste record !

On croit rêver en découvrant que cette affection, parfaitement curable qui devrait appartenir au passé, représente toujours une menace pour la santé publique.

La  commission des questions sociales, de la santé et du développement durable du Conseil de l’Europe (CoE) s’est emparée du sujet afin d’apporter sa contribution au projet de l’OMS d’éradiquer la tuberculose d’ici 2035. ( l’espoir fait vivre…)

Le CoE appelle les Etats à se mobiliser et à placer la TB dans leurs agendas politiques comme urgence sanitaire absolue.

Une éradication envisageable

Bref rappel historique :

Enfantmalade Munch

Edvard Munch « l’enfant malade »

On sait la maladie aussi ancienne que l’humanité. La tuberculose pulmonaire, longtemps appelée phtisie ou consomption, en est la forme la plus fréquente. Il existe aussi des  atteintes ganglionnaires, ostéo-articulaires, urogénitales, méningées… L’agent responsable, le bacille de Koch (BK) ou Mycobactérium tuberculosis (découvert en 1882) se transmet directement d’un sujet à l’autre par voie aérienne (expectorations…) et fait de la TB une maladie particulièrement contagieuse, éprouvante et invalidante. De tous temps, elle a provoqué la peur (peste blanche) provoquant stigmatisation et marginalisation des malades.  On en est encore là, ce qui complique sérieusement la situation.

Après la découverte de la bactérie à la fin du 19ème siècle, chercheurs et savants ont mis au point des antibiotiques qui se sont révélés très efficaces. Dès le milieu du 20ème siècle, la streptomycine, puis la rifampicine et l’isoniazide, dits « médicaments de première intention » permettaient de la guérir. A condition de suivre un protocole d’administration de manière rigoureuse pendant six mois, l’affaire semblait réglée.

Les ratés d’un parcours prometteur.

La découverte de ces molécules annonçait la disparition de la TB. L’embellie a été de courte durée. Dès 1993, l’OMS en faisait déjà une urgence sanitaire mondiale.

L’installation progressive d’une résistance du bacille aux antimicrobiens (RAM) est venue contredire tous les espoirs. Alors qu’on enregistre des progrès partout dans le monde, on s’étonne d’apprendre que la région européenne de l’OMS présente les taux de tuberculose multi-résistante (TB-MR) les plus élevés.

« Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? » C’est la question posée par la commission du CoE qui, à l’initiative du député ukrainien Serhii Kiral, est allée enquêter dans différents pays pour vérifier le risque de recrudescence de l’épidémie, en déceler les causes et, par l’observation de bonnes pratiques, proposer des solutions.

On peut lire le rapport sur le site du CoE :

http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-DocDetails-fr.asp?FileId=24550

La tuberculose, « maladie sociale »

Environ un tiers de la population mondiale est infectée par le bacille de Koch et ne présente aucun symptôme, ni contagiosité grâce à un système immunitaire efficient (TB latente). Seule une faible proportion (5 à 10 %) développera la maladie au cours de son existence.

Les facteurs déclenchant la TB active sont souvent liés à la pauvreté : malnutrition, promiscuité, précarité, manque de suivi médical, mauvaises conditions sanitaires, affaiblissement des défenses immunitaires…créant ainsi des catégories, socialement et économiquement défavorisées, particulièrement vulnérables  (Sans-abris, détenus, migrants, malades porteurs du VIH…)  et susceptibles de propager les souches résistantes. La TB est la première cause de mortalité chez les personnes VIH-Positives.

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Photo france info

 

La pharmaco-résistance, cause majeure de recrudescence de la Tuberculose.

On enregistre environ 900 nouveaux cas de TB par jour en Europe, principalement dans les régions centrale et orientale du continent. (En France, 5000 nouveaux cas par an, un chiffre en augmentation)

Le développement de résistances aux antimicrobiens (RAM) est le résultat d’une mauvaise observance des traitements due à des politiques de santé dépassées et/ou des infrastructures sanitaires insuffisantes. Les patients ont besoin d’être suivis et accompagnés pour en venir à bout.

L’utilisation de médicaments dits « de seconde intention », capables de soigner la tuberculose multi-résistante (TB-MR), oblige à des traitements plus longs, plus coûteux et surtout plus lourds à supporter en raison d’effets secondaires dévastateurs. Ce qui aggrave l’impact social, économique et psychologique de la maladie. Le cercle vicieux par excellence !

Des exemples de bonnes pratiques.

L’adage est bien connu « Mieux vaut prévenir que guérir ». Pour éviter la transmission et la propagation de la maladie, l’effort doit être mis sur la détection précoce et les traitements préventifs appliqués aux populations à risque.

En Azerbaïdjan les ministères de la justice et de la Santé ont collaboré étroitement à la mise en place d’un programme de prise en charge de la TB dans les prisons. Ce programme comporte un dépistage de routine, la sensibilisation des prisonniers et du personnel pénitentiaire et un hôpital spécialisé avec des unités séparées pour les formes courantes et les formes résistantes de la maladie. A sa libération, le prisonnier, s’il n’est pas guéri, est suivi et soutenu par une ONG locale. De très bons taux de guérison ont été obtenus.

La Norvège, qui compte peu de cas autochtones, s’est focalisée sur les demandeurs d’asiles et les migrants originaires de pays où l’incidence de TB est importante. Dépistage obligatoire et soins gratuits pour tous. Une collaboration entre autorités locales, société civile et personnel médical, est facilitée par l’existence de « coordinateurs de la TB » qui apportent leur soutien psychologique et stratégique dans le suivi de programmes de soins personnalisés.

On peut citer d’autres exemples de réussite : à New-York, au Royaume-Uni

Autre volet non négligeable de la question: la recherche et le développement (R&D) de nouveaux médicaments, outils de diagnostic et vaccins. Comment inciter l’industrie pharmaceutique  à s’engager dans ce domaine peu lucratif ?  Il faut souligner la réussite de l’Union Européenne et de son programme « New Drugs for Bad Bugs » partenariat public-privé le plus ambitieux au monde en matière de recherche sur la RAM. Onze grandes entreprises pharmaceutiques et une cinquantaine de PME ont accepté de s’y impliquer.

Un rendez-vous mondial

« Pour lutter efficacement contre l’épidémie de TB, la riposte au niveau national doit impliquer toutes les parties prenantes, y compris les patients eux-mêmes … les professionnels de santé, les aidants, les prestataires de services … les organisations de la société civile, et offrir des possibilités de collaboration avec les décideurs nationaux, tels que les représentants du gouvernement et les membres des parlements nationaux. » (Serhii Kiral)

Si la lutte contre la tuberculose est l’affaire de tous, les gouvernements ont un rôle crucial à jouer d’organisateurs et de bailleurs de fonds.

mettre fin à la tuberculose

Une réunion de haut niveau des Nations Unies aura lieu à New York en septembre 2018 qui servira de tribune aux expériences et aux engagements. Les  chefs d’Etat du monde entier seraient bien inspirés d’y participer et « soutenir l’accord en faveur d’un cadre de responsabilités, indépendant et multisectoriel, afin de garantir que l’ensemble des gouvernements et parties prenantes respectent les engagements souscrits ».

Que la tuberculose soit enfin rangée dans la rubrique « Histoire ancienne », on attend ça depuis des décennies. Encore un peu de patience…

Gervaise Thirion.

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