« L’identité nationale dont nul ne sait précisément décrire le visage »

Dans son ouvrage « Marianne porte plainte ! » qui vient de paraître dans la collection « Café Voltaire » chez Flammarion, Fatou Diome sort, à nouveau, de ses gonds et utilise son franc-parler pour dénoncer…

La dernière fois c’était en 2015, après la mort de milliers de migrants en Méditerranée. Elle s’emportait contre une Union Européenne schizophrène et une Union africaine silencieuse, chacune en prenant pour son grade.

Aujourd’hui, exaspérée par les déclarations politiques et les incongruités démagogiques de certains candidats à l’élection présidentielle, elle abandonne ses muses et l’écriture de romans pour nous livrer ce texte politique.

L’Identité Nationale! ( sans oublier son corollaire, l’Assimilation) Voilà bien la cause de son indignation. Ce thème qui, tel un marronnier, une obsession, revient inlassablement au cœur des débats de campagne électorale depuis 2007, n’est que rejet, anathème, opposition à tout ce qui est altérité. Fatou Diome crie haro sur celle et ceux qui entendent procéder au « tri sélectif des humains » en arrivant à l’Elysée.

Ces pompiers pyromanes, prêts à accéder à la fonction suprême de l’Etat, œuvrent plus sûrement à la division qu’au rassemblement et à la cohésion sociale.

Ils nous font oublier que la France est multiple, que beaucoup de ses élites ne sont pas « de souche » « ces accueillis pas accueillants« . Mais ils ne peuvent occulter qu’à l’ère de la mondialisation, plutôt que de réprouver les migrations (l’immigration plus exactement) il faut apprendre à les gérer et se rappeler que la migration est inhérente à l’Histoire de l’Humanité.

Défense et illustration de la République.

Fatou Diome aurait pu composer un « dictionnaire amoureux ». Mieux que çà, elle signe, ici, une adresse virulente à ces « petits français », indignes des « grands d’hier », qui démolissent les valeurs de la République et salissent Marianne. Ont-ils oublié l’article 1 de la Constitution ? : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion« . La connaissent-ils cette Constitution dont ils prétendent être les garants ?

« Ces pirates menacent ma mère adoptive sous ses yeux »

Sa mère adoptive, c’est la patrie des Droits de l’Homme, une terre d’accueil, le berceau des Lumières, le pays de Montesquieu, Clemenceau, Jaurès, de Gaulle,… c’est la France, nation pour laquelle ont combattu les ancêtres de Fatou lors des deux guerres mondiales. Cette enfant de Marianne ne comprend pas comment ce pays si beau et qui a encore tant de choses à faire valoir, peut ainsi sombrer dans l’angoisse et le défaitisme. Pourquoi la parole des « zemmour », sectaires et « déclinistes » de tout poil, est-elle plus écoutée que celle, humaniste, de nos brillants intellectuels (Edgar Morin, J.L Nancy, Henriette Walter…) ?

Education, encore et toujours !

Dans le dernier chapitre de son livre, Fatou Diome entame un beau plaidoyer en faveur de l’éducation  » En dehors de ce que m’ont inculqué mes inoubliables grands-parents, je dois tout à l’école »

Cette écrivaine franco-sénégalo-alsacienne, cette « Cigogne noire » comme l’a surnommée Frédéric Pagès (le Canard Enchainé) revendique haut et fort la part africaine de la République.

« Tricoter des pulls pour Marianne n’ôte à personne sa passion pour les cotonnades qui le réchauffaient auparavant » Il n’y a pas à choisir ! L’alliance, en elle, des deux cultures, africaine et française, lui a permis de bâtir un socle solide sur lequel baser son élan, son espoir à défendre la dignité sérieusement malmenée de l’être humain.

En digne héritière de Senghor et de Césaire, elle s’empare de la « langue de Molière » avec une aisance admirable pour porter la charge contre les ignorants qui feraient bien de s’instruire de l’Histoire de la France, de celle de l’Afrique et de tous les autres pays. Ils se rendraient compte alors à quel point la culture française est riche et multipolaire.

La France et le Sénégal sont un seul pays dans sa tête et l’écriture, comme un pont, relie les deux continents. Son premier ouvrage « La Préférence Nationale » paru en 2001 l’avait déjà fait remarquer. Sa verve est riche, colorée, incisive, percutante et drôle. Le sérieux n’exclut pas l’humour.

 » Parce que tout crépuscule a son aurore » cette indéfectible optimiste sonne le réveil et nous incite à dresser des passerelles et non pas des barrières. A lire absolument surtout par les « ultra nationalistes » qui foisonnent dans le contexte politique actuel.

Gervaise Thirion

 

 

 

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