Culture

Guéri de la covid, le TNS revient en force

Ce mois de mars 2022 s’annonce haut en couleur au TNS. Du 1er au 31, ce sont cinq spectacles qui sont à l’affiche du théâtre strasbourgeois, dirigé par Stanislas Nordey depuis 2014.

Directeur, comédien et plus encore, c’est sa mise en scène du texte commandé à Marie NDiaye en 2019, Berlin mon garçon, qui ouvre ce mois de mars, à défaut de clôturer février pour cause de COVID-19 dans l’équipe artistique. Dans cette pièce, Marina part à Berlin à la recherche de son fils, tandis que son mari, Lenny, reste à Chinon où ils tiennent leur librairie. Sur place, elle est forcée de cohabiter avec Rüdiger, cet étrange vieil homme qui lui loue une chambre. Les personnages sont ici confrontés au mystère et à l’interrogation, mais aussi à l’amour : pourquoi le fils de Marina et de Lenny est-il parti ? Pourquoi ne donne-t-il plus de nouvelles ? Marina et Lenny doivent-ils continuer de le chercher ? À quel prix ? À voir jusqu’au 5 mars. Malheureusement à cause d’un nouveau cas de COVID dans l’équipe artistique, les dernières représentations sont annulées.

© Jean-Louis Fernandez

À partir du 3 mars, vous pourrez découvrir la création originale de Mathilde Delahaye, Je vous écoute. Recueillant des appels anonymes à une ligne de prévention du suicide, Mathilde Delahaye mêle ces voix inconnues, seules et angoissées en un oratorio, une partition musicale. Derrière chaque coup de fil se cache un portrait, une personne, sa vie. Mis bout à bout, ces parcelles minuscules de vie, résonnent entre elles et créent un cœur, un collectif, qui attaque – ou plutôt est attaqué – par notre système ; une bombe à retardement. Avec une vingtaine d’amatrices et d’amateurs strasbourgeois en son sein, Je vous écoute est au plus près du spectateur et délivre un message politique fort. À voir jusqu’au 10 mars.

© Jean-Louis Fernandez

C’est ensuite un grand classique de la littérature russe qui vous attend au TNS à partir du 11 mars. Le dernier roman de Dostoïevski, Les Frères Karamazov est ici mis en scène par Sylvain Creuzevault. Cette adaptation se veut en quelque sorte infidèle : même si elle reprend la trame narrative de l’assassinat du père par l’un des deux frères, il est nécessaire pour le metteur en scène de retravailler l’écriture pour développer un esprit théâtral propre. Ainsi, la pièce pose des questions d’éthiques et de morale, de culpabilité et de responsabilité ; autant d’interrogations qui font écho aux préoccupations contemporaines. À voir jusqu’au 19 mars.

© Simon Gosselin

Toujours dans cette atmosphère familiale, mauvaise – à voir à compter du 23 mars – de debbie tucker green, met en scène – sous la houlette de Sébastien Derrey – une famille noire dont l’une des trois filles pousse ses proches à briser le silence. Toute la richesse de cette pièce réside dans la langue, dans des prises de paroles ponctuées de silences actifs, propres au signifying inventé par les communautés noires. Chaque mot, chaque absence de mot, chaque tournure et chaque non-dit à un sens : il s’agit de communiquer en en disant le moins possible, en jouant avec la langue de façon subtile et magistrale. C’est pourquoi se pose nécessairement la question de l’interlocuteur, mais aussi celle du spectateur, qui reçoit l’information et qui écoute voire participe au dialogue. L’une des rares pièces de debbie tucker green traduite en français interroge l’engagement – et donc la responsabilité – de celui qui écoute, de celui qui regarde. À voir jusqu’au 31 mars.

© Christophe Raynaud de Lage

Enfin, ce riche mois de mars se clôture avec l’une des plus célèbres pièces de Marivaux, La seconde surprise de l’amour, mise en scène par Alain Françon et présentée à partir du 24 mars. Dans cette représentation, la Marquise et le Chevalier sont tous deux si désemparés par la perte de leur grand amour que rien ne semble pouvoir les combler ou les consoler. Résignés à se retirer du monde, ils vont pourtant faire face à l’inouï comique de l’amour, qui surgit toujours quand on ne s’y attend pas. Alain Françon met ici en avant les machinations de l’amour, lequel s’insinue dans le langage parfois au détriment même des personnages, pour notre plus grand plaisir. À voir jusqu’au 1er avril.

© Jean-Louis Fernandez

Réservations sur https://www.tns.fr/spectacles

Berlin mon garçon, mise en scène de la pièce de Marie NDiaye par Stanislas Nordey: du 1er au 5 mars 2022

Je vous écoute, texte et mise en scène par Mathilde Delahaye: du 3 au 10 mars 2022

Les Frères Karamazov, mise en scène du roman de Dostoïevski par Sylvain Creuzevault: du 11 au 19 mars 2022

Mauvaise, mise en scène du texte de debbie tucker green par Sébastien Derrey: du 23 au 31 mars 2022

La seconde surprise de l’amour, mise en scène de la pièce de Marivaux par Alain Françon: du 24 mars au 1er avril 2022

Par ailleurs, notons que le TNS à l’initiative de Stanislas Nordey, s’engage, avec bien d’autres encore, aux côtés des Ukrainiens dont le président, Volodymyr Zelensky, est lui-même un artiste du spectacle vivant. Ce vendredi 4 mars à 20 h, Culturebox et France Culture organisent une veillée de soutien qui proposera plus de 5 h de lectures depuis Chaillot – Théâtre national de la Danse, et qui sera précédée d’une émission France Culture de 18 h à 20 h, animée par Emmanuel Laurentin et Marie Sorbier sur « Comment aider l’Ukraine ». Finalement, peut-être que « l’art sauvera le monde ».

Morgane Geoffroy

Catégories :Culture, Théâtre

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