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« En hiver, c’est dur de voir ces personnes à la rue » : ce week-end, Utopia 56 récolte 25 000 dons

par Alice Ferber

Gants, écharpes, protections hygiéniques, couches, thé ou café… Du vendredi 22 au dimanche 24 janvier, l’association Utopia 56 a organisé sa collecte hivernale dans vingt-six magasins Monoprix en France, dont sept à Paris, à destination des plus précaires.

« C’est le jackpot ! », s’enthousiasme Lucie en réceptionnant un sachet garni de dentifrices et de brosses à dents. Ce dimanche 24 janvier à 14 heures, le Monoprix du 95 boulevard de Sebastopol est plutôt calme. La pluie s’abat sur les pavés de Paris. « Vêtements chauds, produits d’hygiène, alimentation, tous les dons sont les bienvenus », assure la jeune femme en souriant. Malgré la faible affluence, les bénévoles de l’association Utopia 56 s’efforcent de sensibiliser les passants à leur collecte hivernale.

Dimanche 24 janvier, le Monoprix boulevard Sebastopol sous la pluie parisienne (photo Alice Ferber)

L’envie de s’engager

À l’entrée du magasin, Louise distribue des tracts bleu turquoise aux couleurs de l’association, comme le badge qu’elle arbore sur son pull en maille. « Les clients sont réceptifs et généreux, commente l’Évryenne de 23 ans à la queue de cheval relevée. Ils achètent en moyenne deux articles en plus de leurs courses, qu’ils déposent dans nos cartons de dons ». Pour Louise, l’engagement social est devenu une vocation :

Utopia 56 m’a fait découvrir le monde des réfugiés. Depuis, je me forme pour devenir éducatrice spécialisée. Aider les autres, c’est un besoin. Je veux en faire mon métier.

Louise, bénévole à Utopia 56

La bénévole est interrompue par la main tendue de Nahima, 17 ans, accompagnée par deux amis. Derrière son masque, il est facile de deviner un large sourire. L’adolescente, qui fait don d’une poignée de produits d’hygiène, loue cette initiative solidaire :

Je trouve ça normal de participer, à mon échelle et avec mes moyens. J’étudie le droit à la Sorbonne, mais je viens d’Eygalières, dans la campagne près d’Avignon. Quand je suis arrivée à Paris, je ne m’attendais pas à voir toutes ces personnes dans les rues, surtout en hiver. C’est dur et déstabilisant.

Nahima, étudiante à la Sorbonne
Lucie réceptionne les dons de Nahima, cliente à Monoprix (photo Alice Ferber)

Près de la sortie, Lucie répartit les articles déjà récoltés. À 22 ans, l’étudiante de Sciences Po Grenoble gère la collecte dans ce Monoprix. Avec une énergie débordante, elle liste les produits sur son smartphone « pour faciliter l’inventaire ». Dix minutes plus tard, un chauffeur vient prélever les cartons pleins. « Avec ce temps, je crains que les gens n’osent pas trop sortir », s’inquiète Lucie. « Attendons la vague vers 17h, à la sortie du boulot », rassure sa consœur.

Le conducteur met ensuite le cap sur l’entrepôt de stockage, localisé à Saint-Denis. « Nous préférons ne pas divulguer l’adresse exacte pour prévenir de potentiels cambriolages », précise Hamza Bouhjiti, le responsable des collectes Utopia 56 à Paris.

25 300 articles, un résultat en baisse

À l’heure du bilan, Hamza se félicite de ces trois jours de mobilisation :

Grâce au partenariat avec la fondation Monoprix, 25 300 produits ont été collectés. Pour la première édition en 2019, le total s’élevait à 12 400 articles, et 34 300 l’année dernière. Certes, le résultat est en baisse, mais il faut prendre en compte les conditions défavorables comme les restrictions sanitaires, le couvre-feu à 18h, le froid et la neige, qui découragent la participation.

Hamza Bouhjiti, responsable des collectes Utopia 56 à Paris
En 2021, la collecte hivernale d’Utopia 56 a récolté 25 300 produits, contre 34 300 en 2020 (doc remis)

Plus de 300 bénévoles se sont réunis ce week-end à Paris, Rennes, Lorient, Lille, Tours ou encore Dunkerque. Les dons serviront à alimenter les 2 500 maraudes prévues en 2021 sur tout le territoire. Certains vêtements chauds, tentes et couvertures seront aussi reversés au collectif Solidarité Saint-Bernard, un vestiaire pour les migrants situé dans le 18e arrondissement de Paris.

Basée à Lorient dans le Morbihan (56) depuis 2016, l’association Utopia 56 accompagne les migrants à travers des maraudes, des accès aux soins, des hébergements citoyens et des aides juridiques. Alors que la fondation Abbé Pierre a annoncé en novembre que la France compte 300 000 personnes sans domicile, un chiffre qui a doublé depuis 2012, les 2 700 bénévoles d’Utopia 56 espèrent « que les personnes à la rue ne seront plus seulement un sujet dont on parle à l’approche de l’hiver ».

Pour aller plus loin : site web de l’association Utopia 56

Alice Ferber

Étudiante à Sciences Po Saint-Germain. Passionnée par la géopolitique, le tennis et l’Europe

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