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Corée du Sud : une réponse sanitaire singulière face à la Covid-19

par Han-Ul Chang, correspondant à Seoul pour Eurolatio

Alors que la France se (re)confine, la Corée du Sud continue son bonhomme de chemin dans sa lutte contre la Covid-19 sans avoir confiné une seule fois sa péninsule. Après 10 mois de pandémie, où en est la situation sanitaire au pays au matin calme ?

La riviere Han reste calme

Une stratégie payante ?

Il faut garder en mémoire que la Corée du Sud fut le deuxième pays le plus touché par le coronavirus au début de l’épidémie en février dernier. Elle fait désormais partie des nations qui réussissent le mieux à gérer l’épidémie. La stratégie adoptée par l’Administration du président Moon Jae-In repose sur 3 piliers : des tests massifs, l’isolation des personnes contaminées (avec un système de traçage) et aucun confinement et fermeture des frontières ; afin de permettre à la vie économique de continuer. Et selon les prévisions des banques internationales et nationales, comme Barclays ou la Banque Centrale, la Corée du Sud devrait connaitre d’ici la fin de l’année une croissance d’environ 0.2%. Cette stratégie a permis une confiance grandissante envers son gouvernement dans sa capacité de lutter contre le virus. Une confiance qui s’est, ensuite, illustrée dans les urnes lors des élections générales qui a vu le Parti démocrate (celui du Président Moon) être largement victorieux. Mais la Corée a aussi pu compter sur la civilité de sa population pour limiter d’avantage la propagation du virus.

Au Bal Masqué

En effet, la civilité des habitants Sud-Coréens est également une autre raison au « succès » de l’endiguement. Ici quel que soit l’âge, tout le monde est dans l’obligation de porter le masque, même les enfants de moins de 6 ans. Cependant, il en devient presque triste d’entendre de la voix des tout-petits que le masque soit devenu un véritable vêtement à part entière, plutôt qu’un accessoire du moment. De mes longues balades à travers les rues de Seoul, il ne se compte que sur les doigts d’une main les personnes qui ne portent pas le masque ou le portent mal. Un effort nécessaire, surtout lorsque l’on sait que la densité de population en Corée du Sud est très importante, notamment illustrée par l’abondance des voyageurs dans les transports en commun que ce soit les bus ou le métro.

Bien que la Corée s’en sorte mieux que d’autres nations, elle ne fait pas exception à devoir mettre en place certaines restrictions à ses citoyens. En effet, dorénavant, seuls les voyageurs détenant un Visa pour les études, le travail ou la famille sont autorisés a se rendre sur la péninsule ; ainsi les visites touristiques sont pour l’instant interdites. Quant aux Universités, dont la Seoul National University (SNU) – où je suis étudiant cette année – restent closes ou à quelques occasions ouvertes pour un petit groupe ne dépassant pas souvent les 10 étudiants. De même, les rassemblements regroupant plus de 50 personnes sont proscrits et les nuits chaudes des boites de nuits de la capitale sont refroidies par leur fermeture. Toutefois, les bars et restaurants retrouvent peu à peu leur clientèle, tandis que les évènements sportifs ou musicaux retrouvent leurs spectateurs en nombre limité que ce soit au stade ou par des biais plus ingénieux comme des tentes individuelles pour les concerts en plein air.

Les rues d’Ilsan entre soleil et promenades dominicales

A la recherche du remède (perdu)

Lors des 3 derniers jours, la Corée a connu une hausse des cas dépassant les 100 cas journaliers, élevant, au jour d’aujourd’hui (10 novembre), au nombre total de 27 653 cas pour un total de 485 décès depuis le début de l’épidémie, et 91% des malades sont guéris de la Covid19. Ces derniers jours les principaux clusters ont été essentiellement dans les EPHAD, les rassemblements religieux (qui restent légion dans le pays) ou encore les rassemblements politiques. Mais rien qui n’augure a une quelconque catastrophe pouvant mener a un confinement semblable aux pays européens.

Maintenant les forces scientifiques coréennes travaillent en toute discrétion sur l’élaboration d’un traitement fiable et efficace. Pour parler de la chloroquine, le Ministre de la Sante Park Neunghoo a proscrit son usage à cause de certains effets secondaires non désirés. Depuis quelques jours maintenant, sont en vente sur Internet des sprays protégeant du coronavirus, dont les effets sur le long terme restent encore à vérifier. Mais la Corée continue sa marche en avant comme si la Covid-19 était devenue une maladie avec laquelle vivre, même si convient une volonté de s’en débarrasser.

Han-Ul Chang à Séoul

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