Eurolatio

Pauvre « Modem-ancien » ! Une résurrection en perspective à confirmer ?

par Antoine Spohr

En treize années d’existence, le Mouvement Démocrate a connu des périodes agitées par quelques cahots passant d’une joie ardente à la création à des moments plus sinistres sans se départir de son idéal centriste indépendant. Des élections internes auront lieu la semaine prochaine et permettront de faire un état des lieux.

Avec le poète Rutebeuf (1230-1285) passons de la complainte à l’espérance de lendemains radieux.

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Et il est bon  «  que vous raconte », prosaïquement ce que ces amis qui furent nombreux ont vécu alors. Pour rappeler aux uns et surtout pour faire savoir aux nouveaux ce que fut au départ cette espérance centriste dans l’adhésion à François Bayrou et son projet.

Combien tristes furent après l’enthousiasme, une sorte de traversée du désert et surtout à Strasbourg le vide pathétique qui en égara plus d’un mais la petite flamme vacillante ne s’éteignit pas.

Que c’est beau et triste la nostalgie et que c’était bien de Seignosse à Villepinte et à la Mutualité !

Si le MoDem connut l’obscurité des sombres cagnas presqu’en cagibi de rangement, un quinquet persévérait  au-dessus de la porte et c’était encore François Bayrou, l’homme qui devait à sa 3° place avec 19% à la présidentielle de 2007 un certain engouement public et les critiques qui forcément l’accompagnent. Curieusement il restait sur la scène médiatique parce que, qu’on le veuille ou non, il est incrusté dans le paysage politique français comme le centrisme à la française.

Après tout il n’y a guère que 13 ans depuis la naissance du parti, dont 3 années d’un retour inattendu sur la scène politique, encore une fois à l’initiative du Béarnais.

Chronologie sommaire

D’abord les statuts de l’Association créée le 7 mai 2007 sont déposés en préfecture le 9 mai, veille du Conseil National de l’UDF à la Mutualité de Paris.

Les fondateurs sont : François Bayrou, Marielle de Sarnez, Michel Mercier et Jacqueline Gourault et tous les adhérents du MoDem et de l’UDF à jour de cotisations.

Un « Forum des démocrates », sorte de passage en revue interne des troupes et Etat des lieux, du 13 au 16 septembre 2007 à Seignosse-Le-Pénon dans les Landes avait donné le ton. Ambiance festive et ouverture des débats à d’autres organisations proches susceptibles de rejoindre le parti.

Reste à « consacrer » ou introniser.

Le congrès fondateur du MoDem s’est tenu à cette fin, le samedi 1er décembre 2007 (journée entière) et le dimanche 2 décembre (le matin). Le congrès UDF s’était tenu juste la veille, le vendredi 30 novembre (après-midi). Les deux congrès ont eu lieu au parc des expositions de Villepinte. (Les Congrès sont en quelque sorte  des Assemblées Générales). Intense tout çà et promptement enlevé.( à main levée)

Désormais tous les adhérents UDF et Cap21 sont considérés comme membres fondateurs, à jour de cotisations bien sûr, portant le nombre des adhérents à plus de 50 000. Au printemps 2010 les « Cap 21 » ont quitté l‘Association ce qui a réduit ce chiffre. Cette défection due surtout à Corinne Lepage n’a pas créé de grande douleur.

Consultation interne de juillet 2008

Plus gênante, la contestation de la politique du MoDem par Jean Athuis et Thierry Corneillet a fortement remis en cause la stratégie adoptée par le parti durant les élections municipales. Ils appelaient en outre à une refondation du « Centre » autour de l’ancienne UDF et en partenariat avec le Nouveau Centre, à l’époque où se profilait à l’Elysée la création de l’ UMP pour renforcer ou renouer les liens entre la majorité présidentielle et les élus centristes.

François Bayrou, immédiatement, proposa au vote des adhérents une déclaration de principes sur l’orientation politique du MoDem, (pas plus de 5000 signes) défendant sa stratégie d’indépendance. Les contestataires ayant renoncé à soumettre une contribution, seule celle du président du MoDem fut proposée aux adhérents: elle obtint l’approbation de 98 % des votants (c’était : « J’approuve » et « Je n’approuve pas »). Clair et ferme.

Puis vint le temps calme, le MoDem vivotant contre vents et marées sans autre leader que Bayrou et ses fidèles au sommet depuis la fondation et d’autre part un éparpillement des « régionaux ou locaux » au gré des opportunités, sans panache ou très peu parfois.

Enfin c’est encore Bayrou qui en 2017 réveilla la belle endormie en proposant une aide ou un soutien conditionnel à Emmanuel Macron, ce que ce dernier accepta, ravi.

Et ce fut le retour, l’embellie, avec 49 députés MoDem et 7 apparentés, soit un groupe de 56 élus. Tout est pour le mieux, les « MoDem » étant devenus le soutien indispensable de l’Exécutif. LaREM et le MoDem constituent consubstantiellement la majorité présidentielle. Certains l’ont oublié aux muncipales.

Mais il s’agit à présent de zoomer sur les «  régionaux » ou dits locaux. Des élections se déroulent en ce moment et on a pu lire sur les réseaux sociaux, sur facebook par exemple que s’annonçait du « Rififi » , c’est l’expression  utilisée par AG, « adhérent canal historique » comme il se qualifie avec un sourire malicieux. Alors voyons si le dernier vers de la complainte de Rutebeuf s’accomplira:

« L’espérance des lendemains ce sont mes fêtes »

Qu’en aurait pensé ce grand et regretté centriste ( ancien ministre, ancien député, maire de Saverne…. et président de la Région Alsace. « Une retraite dans la crypte à droite ou une montée à l’autel à gauche?. »

Photo prise à la sortie de la cathédrale vers le Palais Rohan à l’issue d’un office en hommage à Adrien Zeller ci-dessus auquel François Bayrou a participé (je l’accompagnais et je lui dois la remarque ci-dessus)

Etude de cas dans le Grand Est ou en Alsace

À suivre… Des élections internes si on peut appeler cela comme çà, en passant…

En préambule cette affirmation d’un collègue historien et président de l’Université Clermont-Auvergne Mathieu Bernard publié dans La Croix du 07/12.2019 (affaire des emplois des assistants parlementaires)

« François Bayrou écarté de la vie politique, le MoDem ne lui survivrait pas »

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