Société

Cinq coursiers à vélo lancent Kooglof : une livraison « éthique, locale et participative »

par Alice Ferber

Baisse des tarifications, ambiance délétère entre collègues, détournement du droit du travail… Lassés par les géants de la foodtech et leurs dérives, cinq Strasbourgeois ont décidé de fonder Kooglof, leur propre start-up de livraison à vélo.

« Mon père était cycliste professionnel. Avec mon job, je suis aussi tombé amoureux du vélo ». Depuis cinq ans, Valentin Campana livre des repas à vélo. Lorsqu’il n’étudie pas la philosophie à l’université de Strasbourg, le Schilikois pédale pour Take Eat Easy et Deliveroo. Mais, découragé par le manque de considération de ces entreprises pour leurs employés, Valentin démissionne. Loin de ranger son vélo, le jeune homme prépare depuis mai 2019 le lancement de Kooglof, une start-up de livraison « éthique, locale et participative ». Coup d’envoi ce jeudi 5 novembre.

À 26 ans, Valentin Campana vit de sa passion pour le vélo grâce au métier de coursier (doc remis)

« Deliveroo veut juste gagner plus d’argent » 

Le « ras-le-bol » décrit par Valentin Campana s’explique par la dégradation progressive des conditions de travail des coursiers à vélo. Fin juillet 2017, les géants de la foodtech troquent le forfait-horaire pour une rémunération à la course. « La mesure de trop », estime le livreur qui revient sur sa précarité chez Deliveroo : 

Le statut d’auto-entrepreneur est censé préserver notre autonomie. Pourtant, si on ne renonce pas à la flexibilité de nos horaires, on nous attribue un malus. Pour être rentable, il faut enchaîner 4 courses par heure. On a perdu tous nos avantages. Ça a créé des tensions entre collègues. Pour nos chefs, l’aspect écologique n’a plus d’importance. Notre sécurité non plus. Deliveroo veut juste gagner plus d’argent.

Valentin Campana, coursier à vélo

Dégoûté par ces pratiques déloyales, Valentin aspire à davantage d’éthique. En mai 2019, il est rejoint par Marine, Florian, Romain et Alain. Aidés par la fédération CoopCycle, les cinq équipiers portent le projet Kooglof. Sur le modèle des Coursiers bordelais et nantais, ils entendent proposer un service de qualité sans sacrifier leurs droits.

L’équipe de Kooglof à Strasbourg (doc remis)

Défendre une alternative plus respectueuse

« Une interface similaire aux grandes plateformes de l’ubérisation, sauf que l’objectif est de socialiser la livraison », résume Valentin Campana. Pour favoriser les circuits courts, l’équipe collabore avec des épiciers et des restaurateurs locaux. Dans le quartier de la Krutenau à Strasbourg, Kooglof a déjà séduit le fast-good le Labo et le bistrot Paulus. Au coin des pucelles, Harmonie bowl & juice, Pizz’ArÔme et Le pont aux chats s’ajoutent à la liste des partenaires.

Optimiste, Valentin énumère les avantages de la coopérative : 

J’apprécie mes collègues, le boulot me passionne. Le statut de salarié est sécurisant, car on est payé même quand on doit livrer loin ou qu’on n’a pas de course. La rémunération couvre aussi le temps d’attente et de trajet.

Valentin Campana
Dès le 5 novembre, les coursiers livreront dans le centre de Strasbourg et alentour (doc remis)

Autre différence : la coopérative appartient à ses travailleurs. « On est nos propres patrons, sourit-t-il. On mutualise nos compétences, on réfléchit ensemble aux axes d’amélioration. C’est un modèle convivial qui nous ressemble. »

Marine, Florian, Alain, Romain et Valentin utilisent leur bicyclette personnelle tandis que la coopérative finance les accessoires, les vélos cargos et les sacs à dos à l’effigie de Kooglof. Les coursiers ciblent le centre-ville, le nord du Neudorf et les quartiers Gare et Orangerie. D’abord employés à mi-temps, ils espèrent étendre leur activité vers Schiltigheim, la Robertsau et l’ensemble du Neudorf.

« Des hubs de CoopCycle se créent partout en Europe, se réjouit Valentin. Maintenant, c’est au tour de Strasbourg ». Jeudi 5 novembre, les Strasbourgeoises et Strasbourgeois pourront découvrir les services de Kooglof via son site et l’application CoopCycle.

<strong><span class="has-inline-color has-black-color">Alice Ferber</span></strong>
Alice Ferber

Étudiante à Sciences Po Saint-Germain. Passionnée par la géopolitique, le tennis et l’Europe

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