Allemagne

Séjours de 24 heures autorisés en Allemagne, pour les Alsaciens et Mosellans

par Alice Ferber

Informations contradictoires, communication imprécise, solutions à deux vitesses… Après avoir annoncé la limitation de la circulation aux frontières, les autorités ont finalement négocié un laissez-passer pour les séjours de moins de 24 heures entre la France et l’Allemagne.

Placée en « zone à risque » par l’Allemagne le jeudi 15 octobre, la France voit le passage de ses frontières limité à de strictes conditions (présentation d’un test PCR négatif, mise en quarantaine). Le lendemain, Strasbourgeoises et Strasbourgeois se ruent à Kehl pour faire leur courses, animés par la crainte d’une fermeture des frontières imminente. Finalement, samedi 17 octobre, les gouvernements des trois États allemands frontaliers de la Région Grand Est (Sarre, Rhénanie-Palatinat et Bade-Wurtemberg) assouplissent leurs mesures.

Retour sur les 72 heures mouvementées qui viennent de s’écouler à la frontière franco-allemande.

Le 15 juin, Français et Allemands s’étaient retrouvés sur la passerelle Mimram, à mi-chemin entre Strasbourg et Kehl (Photo Alice Ferber / EuroLatio)

Jeudi 15 octobre. La cellule de crise fédérale allemande, aidée par le centre épidémiologique fédéral Robert Koch (RKI), définit la Région Grand Est comme une zone à risque. Pour la semaine du 7 au 13 octobre, le taux d’incidence s’élève à 113,8 nouveaux cas pour 100 000 habitants, au-delà du seuil de 50 cas décrété par le RKI. 

Tableau de bord du 16 octobre © ARS Grand Est et Santé publique France

Le passage des frontières serait désormais conditionné à la présentation d’un test PCR négatif daté de moins de 48 heures, rédigé en anglais ou en allemand. Autre option : se faire dépister dans les 72 heures après l’arrivée sur le territoire allemand et se placer en auto-quarantaine. De quoi décourager nombre de consommateurs Français habitués à faire leurs courses en Allemagne.

Pour protester contre cette annonce, plusieurs associations franco-allemandes publient aussitôt une résolution commune. Elles dénoncent le « manque de transparence » et les « dysfonctionnements de la coordination dans les régions frontalières européennes ». « Nous serons prêts à manifester si les autorités décident à nouveau la fermeture des frontières », assure Peter Cleiss, le président du groupe Schengen 2.0 Strasbourg-Ortenau.

Vendredi 16 octobre. Il règne comme un vent de panique sur les routes entre Kehl et Strasbourg. Prises d’assaut par les automobilistes, les kilomètres d’embouteillage se succèdent. Un air de déjà-vu, qui rappelle la cacophonie du confinement. Ainsi que l’angoisse des citoyens frontaliers Français et Allemands, séparés de leur famille et amis, privés de leurs habitudes et de leur liberté de circuler. Pour France 3 Grand Est, la journaliste Florence Grandon a rencontré vendredi après-midi les familles françaises en quête de leurs « courses de la dernière chance ». 

Dernier rebondissement : un blocage survient à la frontière vendredi vers 18 heures. Des Français seraient à l’origine d’un braquage de casino à Kehl. Jusqu’à 19h30, les routes sont bloquées pour empêcher les auteurs de l’attaque de rejoindre l’Hexagone. Sur Twitter, plusieurs internautes ont partagé leur mécontentement : 

Samedi 17 octobre. Les Régions Grand Est et Bade-Wurtemberg trouvent un compromis, inspiré du modèle en vigueur en Sarre (Land allemand limitrophe de la Moselle) et en Rhénanie-Palatinat. Les Françaises et Français qui se rendent en Bade-Wurtemberg (Land limitrophe de l’Alsace, où se trouve la ville de Kehl) n’auront finalement pas besoin de fournir un test PCR négatif ni de se faire dépister. À condition de limiter leur séjour à 24 heures maximum sur place. 

D’après un communiqué du Land Bade-Wurtemberg, la dérogation des citoyens Allemands vers la France ne sera pas de 24 heures, mais de 48 heures. Peter Cleiss rappelle qu’en Allemagne, la compétence en matière sanitaire revient aux Länder fédéraux, et non à l’État central ni à la chancelière Angela Merkel. Il s’estime « insatisfait » de cette solution à deux vitesses :

« Comme en mars, le premier réflexe des décideurs politiques a été nationaliste. Pour les citoyens de Strasbourg et de Kehl, les frontières n’existent plus. On ne peut pas les séparer à cause d’une crise sanitaire. En plus, on fait une différence entre la visite d’un Alsacien en Allemagne (24 heures) et celle d’un Allemand en Alsace (48 heures). Je pense que cette décision est davantage politique que sanitaire. »

« Je crains que de nouvelles restrictions soient adoptées dans les prochains jours », s’inquiète Peter Cleiss. 

Sur EuroLatio, les articles précédents concernant les mobilisations citoyennes à la frontière sont à retrouver ici :

Le Rhin n’est pas une frontière, c’est un pont entre les peuples

La solidarité franco-allemande 
plus forte que les barrières

Retrouvailles franco-allemandes sur la passerelle Mimram

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