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Quelle part des transports aériens dans le réchauffement climatique ?

Que faire pour inclure l’avion dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Le transport aérien représente 1,5% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Ce moyen de transport très polluant suscite un vif débat dans l’opinion publique. Un mouvement appelé Flygskam (honte de prendre l’avion, en suédois) a même émergé en Suède pour dénoncer et contester ce moyen de transport. Et pourtant, d’après les prévisions de l’Association internationale du transport aérien (IATA), le nombre de passagers devrait doubler d’ici 2035, pour atteindre les 8 milliards de passagers par an. La construction d’aéroports colossaux (aéroport de Pékin-Daxing, nouvel aéroport d’Istanbul) montrent que les États ont conscience des enjeux économiques qui régissent cette évolution du trafic aérien et tentent de s’accaparer les parts de marché qui l’accompagnent. L’impact environnemental d’une telle évolution doit être pris en compte pour que l’évolution du trafic aérien demeure compatible avec les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. Dans cette optique, il s’agira de comparer les tactiques divergentes préconisées.

Deux visions s’affrontent.

Le quota carbone

Les députés Delphine Batho (Écologie, Démocratie, Solidarité) et François Ruffin (LFI) ont déposé, au cours de l’été 2020, une proposition de loi à l’Assemblée nationale qui a pour vocation d’instaurer un quota carbone, par individu, pour limiter les voyages en avion. Ce système, qui ne concernerait pas les déplacements professionnels, limiterait la possibilité pour les Français de prendre l’avion. Ainsi, chaque Français pourrait, dans le temps, accumuler des « points carbone » pour voyager ponctuellement, et non plus à intervalle très régulier.

Les députés soulignent la nécessité de la mise en place d’une telle mesure, car le doublement prévu du trafic aérien n’est pas compatible avec les exigences françaises en termes de lutte contre le réchauffement climatique. La proposition de loi prévoit des exceptions, en plus des déplacements professionnels, pour les voyages en Corse ou en Outre-Mer, afin d’assurer la continuité territoriale, les rapprochements familiaux ou encore les impératifs de santé.

La propulsion à l’hydrogène. Photo : aerospatium.info

En parallèle, Airbus s’est fixé comme objectif d’être le premier constructeur mondial à développer un avion à zéro émission de gaz à effet de serre en 2035. Et ce, grâce à l’avion à hydrogène. Ce projet vise ainsi à répondre au Flygskam suédois pour proposer un parc aérien 100% compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. Ce projet a d’ailleurs reçu le soutien du président de la République. D’après Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus : « il s’agit d’un moment historique pour l’ensemble du secteur de l’aviation commerciale, et nous entendons jouer un rôle de premier plan dans la transition la plus importante que notre industrie ait jamais connue ».

Une dimension internationale à prendre en considération et même indispensable

La mise en exergue de ces deux positions antagonistes n’est pas suffisante pour appréhender le problème dans sa totalité. La mise en place d’un quota carbone pour les citoyens français serait dénuée de toute efficacité si l’ensemble de la communauté internationale ne se soumettait pas aux mêmes règles. La création d’aéroports en Turquie ou en Chine est d’ailleurs de mauvais augure pour les défenseurs d’un quota carbone à l’échelle mondiale. Malgré tout, la diplomatie française avait joué un rôle très important dans l’atteinte d’un consensus lors des Accords de Paris sur le climat de 2015. Cette puissance diplomatique française pourrait être très utile si une mesure telle que le quota carbone venait à s’exporter à l’échelle internationale.

Dans le même registre, il s’agira, à terme, pour Airbus et la France, de convaincre ses partenaires internationaux (Boeing notamment) d’avoir recours à l’avion à hydrogène. Il s’agit d’un défi de taille, dans la mesure où la faisabilité économique et même environnementale est compromise (l’avion à hydrogène demande beaucoup d’énergie pour être mis en place).

Valérian Rabot

Réveil Citoyen France

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