Asie Centrale

L’Azerbaïdjan, victime de sanguinaires Arméniens, et réciproquement ?

D’un point de vue strictement juridique, la cause est entendue (droit international et accords entre les parties) en faveur de la légitimité des positions de l’Azerbaïdjan. Mais de jure n’est pas de facto et c’est là l’origine de nombreux conflits…

Des antagonismes difficiles à expliquer clairement

La situation reste sous une forme de guerre interne et « régionale » larvée comme un feu qui couve en permanence et n’attend qu’un petit souffle pour l’attiser. Et il ventait ces temps derniers sur la conjoncture internationale, dans cette région de la Méditerranée orientale.

Dans la République azerbaïdjanaise, les Arméniens de la République autoproclamée du Haut-Karabakh, non reconnue (environ 150 000 habitants sur une population totale de plus de 10 millions), se veulent indépendants mais sont considérés par les Azerbaïdjanais comme une composante respectée parfois dans la seule et même république qui compte bien d’autres populations ou ethnies. Une carte ethnolinguistique en donne un aperçu significatif (cf. Wikipédia). L’Azerbaïdjan n’existe en tant qu’État qu’à peine depuis une centaine d’années.

Tout est plus clair et facile du côté de l’Arménie

Son existence connue remonte à la nuit des temps historiques. Les Arméniens sont encore fixés dans les terres qu’ils occupent encore dans un jeu de puzzle au carrefour des grands empires, des Perses aux Parthes, des Romains aux Byzantins, des Arabes aux Turcs… Puis aux Russes qui se disputent leur territoire sans qu’ils renoncent à leur identité nationale teintée de christianisme « primitif « . On retrouve dans leur langue des traces araméennes.

Carte Wikipédia

Et puis surtout il y a le génocide (1915) perpétré mais toujours nié par les Turcs, d’avant Mustapha Kémal qu’en estimation haute on porte à 1 500 000 victimes. S’ensuit la  diaspora tragique productrice d’aides substantielles à la patrie perdue et de l’empathie due aux victimes, surtout en France (Aznavour, Sylvie Vartan et tant d’autres en patronymes avec « ian » ou « an » en suffixe). On peut penser aussi au poème d’Aragon, « l’Affiche Rouge », mis en musique par Léo Ferré. Pour autant la seule République d’Arménie n’a pas reconnu celle auto-proclamée dans le Karabakh azerbaïdjanais.

Inextricable sur le long terme, l’Histoire s’est accélérée avec deux guerres mondiales, la chute du rideau de fer et la dissolution de l’URSS

Les décisions géopolitiques ont souvent été hâtives et mal reçues.

1918, exit l’empire des tsars qui avait institué la République fédérative Transcaucasienne regroupant l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie… Pays qui, tour à tour, proclamèrent leur indépendance dès mai 1918. Ces républiques n’eurent même pas le temps de se mettre en place que voici la réorganisation par les vainqueurs de la révolution russe, les Bolcheviks (relire l’article de notre collaboratrice Vusala Aliyeva).

Enfin, la « pax sovietika » s’installe et les républiques sont incorporées dans l’URSS. Elles ne la quitteront qu’à la chute achevée du rideau de fer en 1991 pour une réelle indépendance, du moins y croient-elles. Tout pour s’aimer dans une histoire si commune et si bien partagée !

Il n’en est rien pour les deux antagonistes qui s’entretuent une fois de plus !

Au contraire. Le découpage territorial n’a pas pris en compte la volonté des peuples comme dans une autodétermination. Des Arméniens se sont retrouvés en Azerbaïdjan, des Azéris en Arménie. Les Soviétiques n’avaient pas éradiqué « l’opium du peuple » (la religion, selon Karl Marx) bien qu’ils en aient considérablement réduit l’influence par la religion marxiste, plus facile à partager entre peuples diversement endoctrinés.

De plus, en 2001, les deux pays belligérants sont devenus membres du Conseil de l’Europe, le temple des droits de l’Homme et de la Démocratie. Curieux ! Incompréhensible.

Alors pourquoi cette guerre locale pourvoyeuse de morts inutiles ? Les solutions qu’on a prétendu apporter n’ont convaincu ni les belligérants ni leurs supporters. Et les combats se poursuivent avec acharnement aujourd’hui. La guerre de 1992 à 1994, ses 30 000 morts et son épilogue en cessez-le-feu obtenu par le groupe de Minsk co-présidé par la Russie, la France et les États-Unis, n’auront donc rien résolu durablement.

La seule explication de l’aggravation du conflit réside dans l’ingérence de plus en plus prégnante de la Turquie. Dès le départ de feu, le président Erdogan s’est déclaré d’emblée solidaire à tous égards de l’Azerbaïdjan, jetant ainsi délibérément de l’huile sur le feu. Encore cette ambition d’une marche forcée vers le rêve fou d’un empire ottoman reconstitué ?

Chrétiens contre Musulmans ? Encore une résurgence de l’empreinte des religions qu’on croyait rangées dans les souvenirs dans ces républiques qui se veulent toutes deux laïques.

Il ne s’agirait donc que d’une péripétie nécessaire à un projet grandiose que la Russie de Poutine ne saurait supporter et que l’Union européenne hésitante finira bien par condamner. Combien de morts faut-il encore ? On sait qu’Erdogan voit grand mais quand même… Retour au temps des grands empires ? Heureusement, d’autres puissances encore silencieuse et discrètes voient croître leur influence sur la planète.

Pas de gagnants. Que des larmes et la paix encore bafouée sans issue durable.

 

Antoine Spohr

3 réponses »

  1. 20 pour cent du territoire de d’Azerbaïdjan sont illégalement occupés depuis près de 30 ans par les troupes arméniennes. Et il ne faut pas oublier qu’ils ont été ethniquement«purifiés»et vidés de leurs populations originelles azéris. Où est le droit de l’homme ?
    Pourquoi le groupe du Minsk n’a pas réglé ce conflit depuis de nombreuses années ? Négligence ?
    L’article touche à l’histoire ancienne arménienne mais ne parle pas de l’histoire récente du conflit.

  2. L’Azerbaidjan défend son intégrité territoriale.
    500 000 azeri qui ont été chassés par l’armée arménienne de leurs maisons attendent de retourner chez eux.
    Cette guère n’a rien avoir avec la religion.

    Article n’est pas complète et comporte beaucoup de fausses notes

    • La réponse on l’attend et on espère que la tuerie cesse au plus vite Nous ne donnons pas tort à lAzerbaïdjan mais pas du tout d’autant que nous savons les efforts qui y sont faits pour la démocratie et le laïcité et nous savons aussi qu’on ne fait pas fi de l’aspect culturel collectif même s’il est dû à une empreinte religieuse Nous ne voulons pas de sang et souhaitons que les grandes puissances  » arbitrales » trouvent une solution .Sans les ambitions démesurées de l’une ou l’autre.

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