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Ecologie first : CETA regrets, Mercosur danger !

Par Amaury Grosrenaud:

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« Nous avons fait tout ce chemin pour explorer la Lune, mais le plus important, c’est que nous avons découvert la Terre ».C’est un 24 décembre 1968. William Anders équipé d’un Hasselblad 70mm photographie depuis la Lune, la Terre sur laquelle se lève le soleil.

A la télévision, l’astronaute tient ce magnifique et immortel propos mais que reste-il  aux hommes dans cette prise de conscience de l’importance capitale, pour l’univers de l’existence de ce cercle bleu dans l’espace ? Notre planète

Nicolas Hulot jaillit à nouveau, en première ligne.

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La question se pose inévitablement quand Emmanuel Macron répond nonchalamment à Nicolas Hulot à propos du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) qu’il aurait dû s’opposer au traité « quand [il] était en responsabilité ». L’ancien ministre a en effet publié une tribune le 22 juillet dernier sur le site de franceinfo où il exhorte les députés à voter contre la ratification du CETA « dont la réalité est beaucoup plus complexe [qu’il n’y parait] ». Si sa tribune a peut-être pu avoir un impact dans la ratification de l’accord, cela n’a pas suffi. Le 23 juillet celui-ci a été ratifié par l’Assemblée par 266 voix contre 213 et 74 abstentions. Défenseur de l’environnement, peu habitué aux compromis politiques comme sa démission l’a montré, Nicolas Hulot a préféré s’adresser directement aux représentants du peuple à travers ses représentants «  législateurs », dépositaires de la souveraineté nationale , évitant volontairement les discussions stériles avec les hautes sphères de l’Etat.

De pénitence en rédemption

Reconnaissant ses échecs notamment au sujet du veto climatique, des farines animales, des nouveaux OGM, de la sauvegarde du principe de précaution tel que formulé au niveau européen…Nicolas Hulot après avoir fait montre d’humilité revient sur ses différends avec l’UE notamment au sujet des accords internationaux avec le Japon, le Vietnam ou encore le dernier en date avec le Mercosur, qualifié de « catastrophique ».

« Ces accords commerciaux de nouvelle génération, le CETA étant le premier d’entre eux, emportent toutes nos batailles et leurs conséquences dépassent largement nos frontières. Le gouvernement a dû finalement reconnaître que les normes qui s’appliquent sur le sol européen et celles qui s’appliquent à l’importation ne sont pas les mêmes en matière sanitaire et phytosanitaire. […]. ».

Malgré les déclarations de quelques défenseurs de l’accord comme Emmanuelle Wargon qui déclare que « si l’on ne signe pas avec les canadiens, on ne signera avec personne », il ne faut pas oublier la position canadienne. Les démentis n’y font rien. Le Canada depuis des années s’oppose aux normes européennes jugées trop restrictives, empêchant largement ses entreprises d’exporter sur le marché européen. Le CETA est une porte d’entrée idéale. Il s’agit d’un accord économique et commercial global entre l’UE et le Canada. Outre une réduction des droits de douane de 98% favorisant les échanges entre les deux parties, si l’accord vise aussi une harmonisation des normes qui comme l’indique Sébastien Jean (directeur du CEPII) « permet à une entreprise qui veut exporter au Canada de le faire en utilisant les mêmes tests que ceux requis pour la certification européenne », il n’en reste pas moins qu’il représente une menace pour l’environnement. Cette harmonisation semble devoir se faire vers le bas, de par la tolérance de l’UE quant aux pratiques canadiennes déjà constatées d’alimentation des bovins aux farines animales entretenant « un cannibalisme inter-espèces » qui ne devrait pas avoir lieu sur notre sol.

Si de tels accords internationaux continuent d’être mis en avant, c’est bien parce qu’il y a derrière ces derniers des enjeux économiques forts. C’est justement sur ce point que portent les craintes de certains citoyens, non seulement concernant les normes canadiennes de production, mais également au sujet de celles d’autres partenaires, souvent moins protectrices que les normes européennes. Par essence, le libre-échange suppose des échanges importants dont les impacts en termes de pollution de l’air, des mers, et d’érosion de la biodiversité ne sont plus à démontrer. Ce sont les mêmes craintes que celles exprimées au sujet des négociations du TAFTA qui refont surface, même s’il convient de relever que sans être négligeable, le Canada n’est pas un partenaire économique aussi important que les Etats-Unis.

Le libre échange : ennemi de la protection de l’environnement

Nicolas Hulot, au regard de ces éléments constate que « la convergence vers le haut a du plomb dans l’aile. Il suffit de visionner les comptes rendus succincts des comités de suivi du CETA pour constater que si le Canada est à l’offensive quant à la rigueur de nos normes, l’Union européenne ne montre aucune volonté de questionner l’utilisation par le Canada de 46 substances interdites en Europe » indique-t-il. En fait, pour lui, c’est le poids des lobbys qui est trop fort et requiert « une lutte de tous les instants » pour faire respecter les principes environnementaux tels que le principe de précaution. On sait en effet quelles sont les offensives menées contre celui-ci et qui de souci de précaution pourrait s’il était encore affaibli, être remplacé par le principe d’innovation concurrent, qui en vérité doit servir d’excuse à la poursuite du scenario « Business as usual ». Le CETA, comme les autres accords internationaux est en effet autant dd’opportnités pour les grands groupes à l’image de BASF, Bayer-Monsanto, Dow Chemicals, pour pénétrer le marché européen plus facilement.

Un début de croisade politique ?

C’est une croisade contre le libre-échange dans laquelle se lance Nicolas Hulot, opposé à son prince défenseur, le Président de la République Emmanuel Macron. L’ex-ministre de l’environnement ne peut qu’espérer un réveil des consciences en soulignant le poids que peuvent avoir les députés dans la prise de telles décisions. En attendant ce traité de libre-échange a été ratifié après 7 ans de laborieuses négociations ; avec une entrée en vigueur partielle il y a près de 2 ans. L’heure n’est heureusement pas encore à l’affolement, l’accord doit être ratifié par les 38 assemblées nationales et régionales d’Europe, même si Justin Trudeau, 1° ministre canadien, se déclare d’ores et déjà « heureux » du vote français.

Les conditions du vote sont mues par différentes convictions. Certains députés tendent à protéger l’économie française et notamment l’agriculture déjà en difficulté, à l’image de Benoît Potterie député du Pas-de-Calais (LRM). Toutefois la majorité des abstentionnistes ou votants contre semble avoir été motivée par une conscience environnementale. C’est ainsi que Valérie Oppelt députée de la Loire Atlantique (LRM) a déclaré qu’« au moment où les Accords de Paris sur le climat et les conclusions du GIEC démontrent combien il est urgent d’agir pour préserver notre planète, le CETA doit apporter en ce domaine d’avantage de garanties ».

Le CETA c’est la dissension politique « un traité négocié dans l’ombre » comme le souligne le Premier secrétaire du PS Olivier Faure. Il ne reste plus qu’à espérer que cette erreur ne sera pas répétée pour l’accord Mercosur, mais l’intervention de Nicolas Hulot semble avoir attisé un feu de conscience à l’Assemblée, en témoigne ce vote de l’accord très timide.

Amaury Grosrenaud

 

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