Monde

L’IRAN OU LA GÉOPOLITIQUE DE LA CENTRALITÉ,difficile

par Tristan Tottet

Un des points les plus chauds de la planète. 

De la Révolution Blanche à un Etat Islamique Inquiet.

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Le dernier shah de « Perse »

La Révolution Blanche, révolution du roi( shah) et de la nation, consistait en une série de réformes initiée en 1963. par le shah Mohammad Reza Pahlavi ( le dernier). Cette révolution ambitieuse apportait une vaste réforme agraire, une nationalisation partielle des entreprises, le droit de vote des femmes et la mise en place d’une réforme de l’éducation avec une «armée du savoir» pour lutter massivement contre l’analphabétisme.

Elle permet aujourd’hui à l’Iran d’être considérée comme une puissance régionale

Ces réformes entraînent dès lors une mutation importante des structures économiques, sociales et politiques de l’Iran que même la Révolution de 1979 ( retour de l’ayatollah Khomeini de son exil en France et l’instautation de l’Etat Islamique)

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Khomeini, ayatollah, guide suprême.

et l’instauration de la République Islamique n’a pu remettre totalement en question.

Aujourd’hui, quarante ans après cette la Révolution , l’Iran tente tant bien que mal de revenir au centre de l’échiquier régional. Pendant une décennie, la crise du nucléaire a tenu en haleine toute la communauté internationale. En 2015, l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien permettait au pays de réintégrer la communauté internationale et ainsi de retrouver sa place de puissance régionale et donc de concurrencer l’Arabie Saoudite.

Cette situation permet à l’Iran de développer dans la région du Moyen-Orient un soft-power qui se concrétise par la formation d’un croissant chiite vers la Méditerranée, avec une ouverture maritime vers l’Europe par le soutien au Hezbollah libanais, à l’Irak, ainsi qu’à la Syrie.

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Courrier international 

UNE PUISSANCE RÉGIONALE MINORITAIRE grâce au reniement de Trump.

Toutefois, l’Iran se trouve aujourd’hui prise en étau fentre deux réalités géopolitiques.

La première tient à son statut de minorité religieuse au sein du monde musulman. Ainsi l’Iran par son statut de puissance chiite fait aussi l’objet de menace par les groupes terroristes sunnites alors que le pays a pris part à la lutte contre le terrorisme en soutenant les minorités persécutées dans les territoires sous l’emprise de l’État Islamique.

L’autre caractéristique se trouve dans le retrait des États-Unis le 8 mai 2018 de l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Cette prise de position de Donald Trump se fait dans la perspective de sauvegarder la puissance et l’influence de l’Arabie Saoudite dans la région et sur la scène internationale.

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Le retrait des États-Unis signifie en plus le retour des sanctions américaines contre le pays et implique un retrait du sol iranien des partenaires des Américains,  ici principalement les Européens. Situation délétère car les entreprises européennes risquent de tomber sous le coup de la loi « d’extraterritorialité « américaine.

Cependant le pays conserve encore un peu de son aisance financière grâce à sa production pétrolière, cette manne correspond à 20% des ressources iraniennes et à 80% des exportations du pays.

La réponse à TRUMP

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De cette façon, l’administration Trump frappe la capacité d’exportation de l’Iran et l’attaque directement « au porte-monnaie ». L’avantage iranien se caractérise par son faible niveau d’endettement. Et heureusement le pays est soutenu par un axe Chine-Inde et aussi ,malgré une défiance historique, par la Russie. Le pays évite l’étranglement en vendant ses hydrocarbures à la Chine et à l’Inde. Les deux pays ont trouvé une solution dans le règlement des échanges avec l’ouverture d’un compte permettant d’utiliser le yuan et la roupie. Cette solution permet d’éviter l’emploi du dollar et donc de tomber sous le joug de « l’extraterritorialité » américaine.

Et la nation face à la crise?

La décision américaine pose aussi la question de la réaction des électeurs iraniens lors des prochaines échéances électorales. On risque de se retrouver face à un gouvernement plus radical, plus extrémiste et donc assister à une montée des tensions entre les puissances régionales et une division au sein de la communauté internationale quant à l’intérêt d’un tel repli.

Sur les perspectives d’avenir, malgré les partenaires, le pays manque d’investissements dans les infrastructures afin de garantir un service et une éducation pour les générations futures. À la différence de son concurrent Saoudien, l’Iran dispose d’une population éduquée, d’ingénieurs prolifiques et novateurs. Dans les universités iraniennes on constate la présence d’incubateurs très performants ainsi que le développement d’ »Intelligences Artificielles ». Le pays grâce à ses élites se trouve en possession d’un grand potentiel d’avenir.C’est çà qui gêne alentour.

Les vraies craintes américaine et saoudienne avec l’accord sur le nucléaire iranien se trouvent dans un retour du pays au sein de la communauté internationale. Ce possible retour marquerait  l’émergence d’une seconde puissance régionale qui peut faire de l’ombre à l’Arabie Saoudite de par la présence d’une population éduquée et d’un fort réseau entrepreneurial dans tout le Moyen-Orient.

LA RÉPONSE EUROPÉENNE

Quid de l’Union européenne dans cette partie de poker menteur ? Quelques jours après la décision américaine, Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’Union européenne avec les représentants de la France, l’Allemagne, et du Royaume-Uni ont manifesté l’intention de poursuivre les discussions avec l’Iran afin de maintenir l’accord.

En juillet 2018 Isabel Mogherinei annonce que les 28 pays de l’Union européenne ont adopté une actualisation de la loi de blocage. Ce règlement européen de 1996, créé à l’origine pour contourner les sanctions américaines sur Cuba, la Libye et déjà l’Iran, permet de protéger les entreprises européennes des sanctions d’états-tiers. L’actualisation est entrée en vigueur le 6 août 2018, date de la mise en place du premier volet des sanctions américaines.

En ce qui concerne les échanges, la monnaie commune doit être la devise utilisée pour les transactions sur le pétrole iranien, réglées via des transferts entre les banques centrales européennes et la banque centrale iranienne, afin d’éviter l’utilisation du dollar pour ces transactions avec l’Iran car cela permet de déclencher une procédure judiciaire aux États-Unis.

Dans ce but l’INSTEX acronyme anglais pour Instrument in Support of Trade Exchanges a été créé en janvier 2019 par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni afin de favoriser les échanges commerciaux avec l’Iran qui doit aussi créer sa propre structure pour que la société iranienne et la société européenne soient débitrice-créancière l’une de l’autre dans une devise autre que le dollar.

Même si dans un premier temps, le périmètre est limité aux biens alimentaires et aux médicaments et ne permet pas d’avoir un impact concret sur l’économie iranienne, la portée symbolique d’un tel instrument n’en demeure pas moins forte. En adoptant un tel dispositif, l’Union européenne illustre son intention de concrétiser son autonomie sur la scène internationale et sa volonté de peser sur les questions géopolitiques en dépit des diktats de D.Trump.

Tristan Tottet

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