par Amaury Grosrenaud

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La voix du peuple???

L’affaire Benalla est dans tous les esprits depuis juillet 2018. Chaque rebondissement du dossier mène à la découverte de nouveaux abus. Le recours en référé-liberté des « Alexandre » Benalla et Crase rejeté, ces derniers font aujourd’hui œuvre de pénitence en détention provisoire. Est-ce la fin de la saga Benalla ? Permettez à un humble étudiant d’en douter et de vous présenter en un bref exposé de cartésien désabusé pourquoi M. Benalla sévira toujours.

Une Histoire méconnue

La prison a été inventée pour et par l’Eglise.

C’est lors du Concile de Tours en 1163 qu’elle prononce ces mots qui font naître la peine carcérale : « L’Eglise hait le sang ». C’est pourquoi elle ne peut pas imposer de peine corporelle. Pas de gibet pour M. Benalla. L’isolement apparaît comme nécessaire au coupable pour comprendre ses pêchés, faire pénitence et ne pas récidiver. Si le pape exilé Alexandre III ne pensait pas déjà mettre la fessée aux politiques du XXIème siècle, le principe de « détention » reste inchangé. La reine des peines, introduite dans le droit français par le Code pénal de 1791 par les révolutionnaires se voulait alors une peine identique pour tous, indifférenciée dans la continuité de l’abolition des privilèges. Si Jupiter est épargné par l’immunité présidentielle, ses satellites eux ne le sont pas. La route pourra être dure du palais au cachot pour M. Benalla. Tous les criminels (en 1791) sont ainsi envoyés dans les séminaires réhabilités que sont les premières prisons. L’innocence y côtoie le crime. La prison n’est pas le « rêve » mis en avant avec enthousiasme par Emmanuel Pastoret*.

C’est une école du crime. En témoigne le scandale des assignats : les prisonniers pour survivre contrefont « la monnaie du peuple » suscitant au sortir d’une révolution exaltant le bien commun, une colère inouïe qui débouchera sur les massacres de septembre 1792. Alors 1400 des 2800 prisonniers de Paris seront massacrés sans autre forme de procès qu’un examen expéditif dont la seule issue est la mort. C’est la terreur qui perce déjà sous septembre. Ne souhaitons pas sort si funeste aux nouveaux occupants qui feront sans doute un séjour confortable à la Santé, tout juste rénovée.

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Loin est le trou puant du XVIII, encore qu’au XIXème la prison se transforme en laboratoire, cherchant à corriger ses carences. Elle devient manufacture, colonie pénitentiaire, panoptique. Elle se cherche dans un objectif de réhabilitation du criminel. On recherche la formation professionnelle du prisonnier, la formation pour lui d’un pécule. La pauvreté mène au crime. On pense alors que le prisonnier libéré et compétent, avec quelques sous en poche fera son chemin dans la société. Il n’en est rien, il porte toujours la marque de ses crimes passés. Si le tissage permettait à M. Benalla de se détendre en plein tumulte médiatique, il ne serait probablement pas utile. Son image est entachée, il est pour les Français un « criminel ».

Et Après?

C’est donc le statut d’ex-prisonnier qui pose problème. Il faudrait que la prison fasse du bien au prisonnier, continue de le faire vivre selon les modalités de la société -et quelle société pour M. Benalla ?-. Or cela suppose qu’on s’intéresse au bien être de celui-ci, que les infrastructures soient réformées. Robert Badinter souligne à raison que le peuple français n’y tient pas. Il ne veut pas voir ses moyens consacrés à ceux qui l’ont trahi. Le problème est la place que la société consent à faire au prisonnier. M. Benalla petit prince se verrait mieux logé, mieux nourri que le peuple qui s’assassine au travail ? C’est inconcevable en France.

Pourtant c’est une formule gagnante. La Norvège est l’un des pays d’Europe avec le plus faible taux de récidive. Les prisonniers y sont placés dans des établissements pénitentiaires aux airs d’hôtel. Le peuple paye en effet aux criminels des infrastructures confortables qui leur permettent de vivre dans une micro société, leur apprenant comment vivre avec les autres. C’est notamment le cas de la prison Bastøy.* Il faudrait peut-être à la France regarder ce que font ses voisins. Peut-être serait-ce l’occasion pour M. Benalla de revenir à une réalité qu’il a depuis trop longtemps quittée, s’il l’a jamais connue. Il est temps que la France adapte ses prisons et en fasse des lieux de vies communes. La prison de la Santé où est logé monsieur, a été rénovée entre 2014 et 2018, alors que construite en 1867. Mêmei plus confortable elle ne semble pas tirer les leçons du passé. La cellule du moine est toujours le lieu de vie du prisonnier qui ne fait pas l’expérience de la société dans 9 mètres carrés.

Fort est à parier que l’Histoire se répètera.

Amaury Grosrenaud

  • Pastoret(1855-1840) président de l’Assemblée Législative du 3 au 16 octobre 1791…!
  • Bastoy, petite île norvégienne, prison de sécurité minimale.

 

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