par ElisabethVetter 

Si la salle 7 du Conseil de L’Europe comptait un public si féminin ce mardi 20 novembre, c’était pour, avec une résilience opportune, débattre du journalisme d’investigation féministe comme l’indique le titre . Une table ronde dans un cadre feutré, comme tant d’autres, organisée dans le  programme IN du Forum Mondial de la Démocratie de Strasbourg.

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Le journalisme féministe, de plus en plus accessible ? C’est l’une des approches présentée lors de cette rencontre au Conseil de l’Europe. Si l’assemblée comptait un public majoritairement féminin pour participer à cet échange, ce n’était pas pour bavarder d’un journalisme qui n’aurait pour objet que la mode, les produits cosmétiques et les magazines sur papier glacé…. .

 Marguerite Durand, Nellie Bly et Christine Ockrent…

Ce 20 novembre, le sujet était tout autre. Avec comme modératrice Claire Provost, éditrice du site 50.50 – affilié à openDemocracy -, et comme invitées des journalistes établies en Italie, au Paraguay, en Europe de l’Est ou encore du Canada, la discussion s’est avérée aussi plurielle que le journalisme peut l’être.

Alors bien sûr, quand on parle de féminisme et de presse, on pense à la plume novatrice de Marguerite Durand, à la reporter Nellie Bly ou plus récemment encore à Christine Ockrent. Maria Sanz Dominguez, contributrice « 50.50 » et titulaire d’une bourse de recherche sur les droits des femmes et la justice économique est de la trempe de celles-là. De celles qui osent sans jamais s’interdire, quitte à faire bouger lignes et conventions. « « Au Paraguay, les questions liées aux femmes dans les médias sont ignorées ou sont présentées comme des cas isolés. Encore aujourd’hui, les féminicides sont considérés comme des crimes passionnels » dénonce cette reporter basée à Asunción. Des propos qu’appuient Claudia Torrisi, collègue italienne : « on donne toujours un cadre romantique aux viols et aux féminicides auxquels se rajoute la passion d’un amant jaloux. Mais ces stéréotypes sont dangereux. On ne parle pas des racines de la violence ». Elle reprend : « Le mouvement #Metoo n’a pas apporté de changements majeurs en Italie, un pays fortement patriarcal ». Une vieille démocratie qui peine en effet, à donner une place aux femmes. Quand on sait que le Parlement Italien n’a reconnu qu’en 1966 la violence sexuelle et le viol comme crime contre la personne, et non plus en qualité de crime moral et qu’aujourd’hui encore, la ville de Vérone a adopté une motion anti-IVG, devenant ainsi la première ville « ProLife » du pays.

 Les mentalités bougent-elles ?

Si ce genre de clichés est récurrent dans la sphère médiatique, les discours sont bien nuancés selon les États. Basée à Toronto, Laila Malik – membre de l’Association pour le développement durable des droits des femmes (AWID) -, l’explique ainsi : « la dimension féministe est plus importante au Canada, un pays plus progressiste. Un autre discours apparaît en ligne grâce à internet et aux médias sociaux. […] Même si, évidemment, on ne parle pas de tout ce qui arrive. Il y a eu le cas de la stérilisation forcée d’une femme indigène, pas plus tard que l’an dernier. Et ce n’est que maintenant qu’on en parle ». La chance à des langues qui se délient et une politique qui se veut plus proche de la réalité de certaines de ses électrices.

« Je suis féministe et fier de l’être », confiait le 22 avril 2018 Justin Trudeau à la plume d’Annick Cojean, reporter pour Le Monde.

Alors qu’en est-il de ce journalisme fait par des femmes, traitant des femmes et s’adressant aux femmes ? Serait-il moins « tabou »,  moins malvenu ? Oui, selon Maria Sanz Dominguez:« Aujourd’hui, plus de femmes comprennent ce qu’est le féminisme. Ce n’est plus uniquement réservé aux milieux académiques », assure-t-elle. « Le travail est fait dans plusieurs directions, complète Laila Malik, il faut aller chercher les médias traditionnels pour faire évoluer les mentalités et élargir les reportages tout en s’adressant à des médias féministes qui sont, eux, moins traditionnels ».

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Encore s’agit-il de trouver le ou la reporter à qui s’adresser sur ce sujet. Selon une récente étude menée par l’Observatoire européen du Journalisme (EJO), sur les rédactions de 11 pays européens, le nombre d’articles signés par un homme serait bien plus élevé que ceux signés d’une plume féminine. Pire encore, la majorité des papiers écrits sur des femmes seraient composés par des hommes. A l’ère d’un mouvement #Meetoo qui se veut porteur d’un renouveau de l’opinion publique, reste encore à travailler du côté des lecteurs, et plus encore de celui des salles de rédaction.

Elisabeth Vetter

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