Par Alain Howiller

 

                    Jamais sans doute élections régionales n’auront suscité autant d’intérêt dans les médias.

 

On vote le 14 Octobre en Bavière pour le renouvellement du parlement régional. On votera quinze jours plus tard, le 28 Octobre , pour le renouvellement du parlement de Hesse. Dans le premier cas, il s’agit de voir si la CSU de Horst Seehofer pourra garder la majorité absolue dont elle dispose jusqu’ici. Dans le deuxième cas , il s’agit de voir si

Volker Bouffier (CDU,président du Land),pourra conserver la coalition CDU/Verts qui dirige la Hesse actuellement!

Ce élections interviennent au lendemain d’une crise majeure qui a bien failli emporter la coalition CDU/SPD qui dirige le pays.

Ce qu’on a appelé la « République de Berlin », qui succédant,grâce à 18 voix de majorité ,à la « République de Bonn », se voulait exemplaire!

A la veille et au…lendemain des vacances 2018,le gouvernement a bien failli exploser grâce à Horst Seehofer jouant au Ball Trap dont le « pigeon » visé était bel et bien Angela Merkel et sa politique migratoire.

Merkel,ira-t-elle jusqu’au bout?

Ils ne sont pas rares ceux qui,ces jours-ci,ne sont plus seulement ahuris,mais tout simplement atterrés devant une Allemagne dont l’économie tourne toujours , mais où le climat politique se délite au point qu’on  peut légitimement  se demander si l’actuel  gouvernement de coalition CDU/CSU/SPD pourra tenir  pendant la législature ou si une crise du pouvoir ne  provoquera pas des élections anticipées avant la date prévue à l’automne 2021! Déjà la constitution du gouvernement de coalition a été laborieuse entre deux partenaires –le SPD et la CDU- qui s’étaient jurés de ne plus travailler ensemble.

Faute de solution de rechange  et voulant éviter de nouvelles élections, les deux partis-rejoints  par la CSU bavaroise-la coalition gauche/droite s’est reconstituée non sans difficultés et Angela Merkel a pu engager son quatrième mandat de chancelière. »Je ferai ce mandat jusqu’au bout » avait-elle affirmée  lorsque la question lui avait été  posée de savoir si elle  n’abandonnerait pas son poste en cours de mandat au profit du  candidat ou de la candidate- de son choix.

La grande peur de la dissolution!

Jusqu’au bout? Voir…!

D’après les derniers sondages seuls 30 % des  Allemands adhérent à la politique menée par la Grande  Coalition(Groko), le ministre SPD des Affaires étrangères Heike Maas

suivi de Olaf Scholtz ministre également SPD des Finances devancent Angela Merkel dans le classement des ministres les plus appréciés. Seuls 43 des Allemands souhaitent que la chancelière ait un avenir politique.

Si des élections nationales ( fédérales) devaient avoir lieu la coalition sortante ne retrouverait pas sa majorité: les partisans d’une crise gouvernementale suivie d’une dissolution et d’élections ne sont cependant pas majoritaires dans ces conditions.

Cela n’empêche pas les protagonistes de la Grande Coalition de jouer à se faire peur.A commencer par Horst Seehofer qui a menacé de se retirer du gouvernement  si Merkel ne réorientait pas sa politique migratoire. La chancelière cèdera. Puis le SPD a menacé,à son tour,(mais mezzo voce!)de quitter le gouvernement si Hans-Georg Maassen,le président de l’Office Fédéral de Protection de la Constitution(« Bundesamt für Verfassungsschutz ») qui avait contesté l’ampleur des manifestations anti-immigrés de Chemnitz n’était pas viré de son poste pour devenir…secrétaire d’Etat (!) au ministère de l’intérieur. Le SPD aura raison et la crise sera, une fois de plus, évitée!

En sera-t-il toujours de même alors que tous les sondages prédisent que la CSU va perdre sa majorité absolue et qu’elle devra trouver un partenaire de coalition: sans doute les « Verts » qui avec 16,5% des intentions de vote seraient le deuxième parti en Bavière, derrière la CSU (35,8 % des voix attendues) mais devant l’AfD (13,7 % des intentions de vote).

 Les « Verts » et « l’AfD » au coude à coude.

En cas de défaite, Seehofer, Président de la CSU , pourrait-il rester ministre et continuer à diriger le parti? L’intéressé le pense même si le résultat était un  « schlappe » :une partie importante de membres de la CSU… ne le pensent pas !

Les résultats du SPD seront , eux aussi, mauvais en Bavière (12,I % des intentions de vote contre 20,6% des voix aux dernières élections bavaroises): en plus les sondages créditent le parti de 17,7 % d’intentions de vote au national au coude à coude avec l’AfD (16,1 % d’intentions de vote).Au niveau d’une approche positive, l’économiste Sarah Wagenknecht  qui vient de lancer le  mouvement de  la « nouvelle gauche: « Auf stehen »(Debout) devance avec 37 % de  partisans le ministre CSU  de l’Intérieur  Horst Seehofer (27%)!

En Hesse où les élections régionales auront lieu le 28 Octobre, la coalition sortante CDU/Verts est elle aussi menacée:a CDU est créditée de 28 % d’intentions de vote et les Verts recueilleraient 17 % des voix. Faute de majorité suffisante, les sortants devront changer de pied, s’ouvrir à un nouveau partenaire ou renverser l’échiquier pour constituer une nouvelle coalit

Le résultat des deux élections régionales pèsera-t-il sur la Grande Coalition: cette dernière sera-t-elle en danger ou ses protagonistes attendront-ils le bilan de « mi-mandat » que le contrat de coalition avait prévu?

Schaüble et le gouvernement minoritaire!

Les représentants des trois partis au pouvoir viennent de tenir une conférence  de presse commune pour dire que tout va bien et que la Grande Coalition est solide . C’est le moment que Wolfgang Schaüble, Président du Bundestag choisit pour déclarer: »Si le SPD devait quitter la coalition ce ne serait pas une catastrophe mondiale.Notre démocratie est armée pour faire face. » Soulignant le rôle que la constitution a donné au chef du gouvernement « la solution d’un gouvernement minoritaire ne doit, pas nous faire peur. »

Mais rien  ne dit que les menaces pesant sur la coalition au pouvoir soient définitivement levées! Elles pourraient même venir de l’intérieur de la CDU qui pourrait  profiter de la faiblesse  d’Angela Merkel pour  essayer de la pousser vers la retraite!…Après tout , rêvent  certains à la CDU , c’est bien à la suite des manoeuvres de celle  qu’on appelait « Mutti » ou encore la « chancelière en Téflon » que Helmut Kohl voire Wolfgang Schaüble ont été mis à l’écart ! Un premier geste de révolte a été le remplacement au Bundestag comme chef du groupe  CDU/CSU de Volker Kauder, fidèle d’entre les fidèles de Merkel, par Ralph Brinkhaus, Président de la Commission des Finances. Après 13 ans de présidence de groupe Kauder, malgré le soutien officiel de Merkel et de Schaüble, a été battu par 125 voix  contre 112!

A Kiehl,Merkel  au congrès des jeunes.

A Kiehl, au Congrès des jeunes de la CDU/CSU, le discours de Merkel a recueilli des applaudissements polis et les délégués de Bavière sont ostensiblement restés assis lorsque la chancelière est entrée dans la salle!

En  l’état , la République Fédérale est confrontée à de  multiples problèmes: montée de l’AfD qui essaie d’améliorer son image en cherchant à recruter des membres de confession juive(!), essai de créer un regroupement de la gauche, affaiblissement de  Merkel , manifestations anti-immigrés infiltrées par les mouvements néonazis  et nourries par les différences persistantes entre l’Est et  l’Ouest du pays , manque de renouvellement des partis , crise de l »Union Européenne..

Heureusement pour nos voisins , l’économie continue de tourner et le chômage baisse toujours : une santé qui suscite des jalousies , mais aussi de nouveaux problèmes.Au premier rang de ceux-ci les appels des institutions internationales et européennes (FMI, OCDE, Commission de Bruxelles) qui souhaitent que l’Allemagne  utilise  ses excédents de commerce extérieur pour investir davantage , pour stimuler la consommation et participer ainsi à  la relance d’une économie mondiale dont la conjoncture a tendance à s’affaisser. Comme le »traduit » si bien ce terme « es kriselt » (çà crisaille »!) en politique allemande: les semaines à venir  seront intéressantes pour l’avenir ! Angela Merkel gagnera-t-elle son pari : aller jusqu’au bout de son quatrième mandat?

 

Alain HOWILLER.

 

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