LA REUNIFICATION ALLEMANDE TOUJOURS EN  CHANTIER, 28 ANS APRES,!

Par Alain Howiller                                                

« Globalement, la réunification (qui vit son  28ème anniversaire) est un succès. Mais

il ne faut pas oublier qu’avec elle, beaucoup de gens ont perdu leur emploi et ont dû repartir à zéro. Les systèmes de santé ou de retraite…, tout a changé!

«  Quand tu es vétérinaire, tu ne peux pas aller  chez Siemens et dire, du jour au lendemain, que à partir de demain, je serai ingénieur!… » Angela Merkel parle et dresse un bilan de la réunification à la veille du « Jour de l’Unité Allemande ». Dans son interview relayée par « Die Welt », elle rappelle  qu’à la  veille  de la réforme monétaire entre les deux Allemagne, il y avait 13%  d’agriculteurs en DDR et qu’ils ne sont plus que 1,5 % de la population aujourd’hui : un exemple parmi d’autres de l’évolution vécue par l’ex-Allemagne de l’Est! Et ajoute-t- elle « Quand tu vois brusquement arriver les jeunes économistes de l’Ouest qui viennent te dire ce que tu ne dois pas faire, cela interpelle forcément les gens! Mais tout cela ne doit pas conduire à la justification de la haine et de la violence ».

Capture d_écran 2018-10-06 à 15.50.10 La chancelière qui est députée de Rügen, dans le Land de Mecklembourg-Vorpommern (à l’Est), sait de quoi elle parle et elle ne peut ignorer ce propos de Wolfgang Thierse, vice-président du Bundestag  « La réunification est loin  d’être parfaite ou terminée ». Ancien Président du Bundestag venu d’un Land  de l’Est, il  sait lui aussi de quoi il parle : il intervenait dans le  débat sur le  » rapport annuel faisant le point sur  l’état de la réunification. »

Un  abîme  entre le  ressenti et la réalité ?

D’entrée de jeu, le rapport souligne: « Le but  du gouvernement continue de garantir  les mêmes conditions de vie dans toute l’Allemagne. Le processus de rapprochement (zusammenwachsen) entre l’Est et l’Ouest a progressé…Certes il y a des hauts et des bas, mais globalement nous vivons une « success story » (Erfolgsgeschichte) qui s’est surtout affirmée ces deux dernières années »

Il n’empêche que  le rapport  évoque en même temps la différence entre le « ressenti et la  réalité objective! » Le président du Land de Saxe-Anhalt , Reiner Haseloff (CDU) précise que « l’Est souffre du fait qu’il  manque ici de grades entreprises innovantes et compétitives. »

En plus souligne Bodo Ramelow, président (« Die Linke ») de Thuringe « A l’Est nous souffrons plus d’un  manque d’évolution des mentalités que des questions de différences de salaires ou de niveau de vie…Nous éprouvons  quotidiennement de blessures psychologiques » et d’incriminer  l’attitude des médias qui ne relèvent guère les côtés positifs de l’Est.

« Et nous  avons l’impression d’être constamment redevables. Déjà, nous travaillons plus longtemps, nous  gagnons moins qu’à l’Ouest et en plus on dit que nous manquons de reconnaissance. Comme s’il s’agissait de reconnaissance alors qu’on demande du respect. » Ce que confirme le nouveau président du groupe CDU/CSU au Parlement – Ralph  Brinkhaus, député de Rhénanie du Nord -Westphalie qui estime qu’après 1990 de « nombreux Allemands de l’Est n’ont pas été correctement traités : ils n’ont pas été assez respectés »

 Un terrain favorable pour l’extrême droite néo-nazie?

Dans une  interview au « Quotidien d’Augsbourg », Angela Merkel faisant  allusion aux manifestations anti-immigrés de l’extrême droite ajoute: » les défis que nous pose l’immigration ne doivent pas conduire à de nouvelles fractures susceptibles d’empoisonner  nos relations. La haine de l’autre, que j’ai ressentie déjà lors de la campagne électorale, la manière de l’exprimer sont intolérables « . Pour certains, la situation en ex-Allemagne de l’Est nourrit (et pourrit) les manifestations qui prospèrent sur un terrain favorable généré par la situation économique, sociale, par le chômage, par les inégalités entre l’Est et l’Ouest . Ceux là oublient qu’il y a avait déjà des manifestations racistes en DDR contre les ouvriers asiatiques (Coréens,Vietnamiens) « loués » par les Etats communistes d’Asie en contre partie du coût  des produits achetés par  Berlin.

Ils oublient aussi l’évolution positive enregistrée depuis la réunification. Les villes se sont transformées et embellies, les infrastructures – notamment  auto-routières- ont été construites ou améliorées, les tramways se sont installés, les commerces se sont développés, des nouvelles entreprises se sont implantées, le tourisme s’est développé et  l’Etat fédéral a injecté d’importants fonds pour  le développement . Le gouvernement va encore donner un  coup de pouce aux retraites versées aux pensionnaires de l’ ex-DDR pour contribuer au rapprochement des sommes  versées à l’Est par rapport à l’Ouest (où le coup de pouce sera moins fort).

L’avenir du « Soldi », l’impôt pour l’Est.

Et si le débat est engagé sur l’avenir de l’impôt spécial (le « Soldi »pour Solidarpakt qui prévoit prés de 160 miliards d’euros d’investissements publics) perçu depuis 1991 sur les contribuables allemands   au profit de l’Est (il rapportera cette année 19 milliards à l’Etat), il est question de l’alléger, pas de le supprimer . Malgré cela , dans  un  récent sondage  réalisé pour le quotidien « Bild-Zeitung » seuls 33 % des sondés de l’Est ont trouvé que les habitants des deux parties  de l’Allemagne se sont rapprochés  depuis la réunification : ils sont 60 % à l’Ouest à penser de même et 56 % des « Est-Allemands » trouvent que les « Ouest-Allemands » sont arrogants!

La dimension psychologique des approches prendrait -elle le pas sur les réalités ? Les  Länder de l’Est se penchent essentiellement sur les problèmes qu’ils ont à affronter estime le chargé de mission »Est du gouvernement : « Cela me fâche d’autant plus que cette façon de procéder pèse sur la réalité du quotidien et du mode de vie des habitants!

 Comme je l’ai déjà relevé, d’importantes différences Est/Ouest subsistent au niveau des salaires, des retraites . Les observateurs ne manquent pas de relever que contrairement aux promesses faites, aucune instance ou  institution d’Etat n’a installé son siège dans la partie orientale où on ne compte aucun  siège social d’entreprise relevant de l’indice « Dax  » (l’équivalent du Cac 40 français) et les mairies se plaignent de manquer de structures pour mieux gérer, la taille des  entreprises n’est souvent pas assez grande ce qui pèse sur les possibilités d’exportation et fait la force des établissements à l’Ouest ».

Quand le chômage recule.

Capture d_écran 2018-10-06 à 15.48.11         Dans les premières années de la réunification plus d’un million de jeunes ont quitté l’Est pour l’Ouest. Du coup, la partie orientale manque de main d’oeuvre et le poids des anciens pèse encore plus dans la structure de la pyramide des âges. Mais pour la première fois, il y a deux ans, on  a pu compter davantage d’arrivées à l’Est que de départs ; la courbe démographique s’est redressée à l’Est comme à l’Ouest.

Et surtout le chômage qui alourdissait les chiffres au  plan  national a  baissé ! Entre 2005 et 2016 le taux de chômage est tombé dans  la partie orientale de 18,7 % à 8 %! En septembre le taux de chômage national s’établissait  à 5 % (le taux selon les  Länder de l’Est s’affichait entre 3 et  4 % au dessus de cette moyenne).Le chômage a reculé :cela est d’autant plus notable que l’emploi féminin est plus développé à l’Est , alors que le chômage féminin est souvent plus important. Il est  vrai que l’ex DDR avait  beaucoup développé le travail féminin (prés de un « travailleur » sur deux est une femme aujourd’hui) en misant en particulier sur la création de crèches- le mouvement s’est poursuivi après la réunification. Une chance pour le développement de l’économie orientale : les secteurs les plus représentés qui se sont épanouis ces dernières années  relèvent des techniques de pointe et notamment du monde de l’informatique qui, à défaut d’apporter de nombreux emplois, créent de la richesse!

L’alignement 0uest-Est ? 320 ans pour réussir ?

Capture d_écran 2018-10-06 à 15.49.18                        Si depuis  la réunification,les deux parties de l’Allemagne se sont rapprochées, on est encore loin des « paysages fleuris » que Helmut Kohl promettait à ses concitoyens grâce au  rapprochement. Il est vrai que, depuis, l’ancien  chancelier avait  fait amende honorable en avouant que l’ampleur du projet avait emporté son enthousiasme et pesé sur sa lucidité. Pour le « Financial Times Deutschland » l’alignement des revenus entre l’Est et Ouest du territoire pourrait mettre… 320 ans pour se concrétiser!

Capture d_écran 2018-10-06 à 15.51.57Aujourd’hui personne ne peut vraiment  répondre à la question  de la date à partir de laquelle la réunification se sera totalement inscrite  dans la réalité. Les manifestations anti-immigrés sont peut-être un  des signes nourris par les différences qui subsistent. Le pessimisme relatif qui, 28 ans après la réunification, gangrène  l’opinion est -allemande se retrouve dans un sondage demandé par le gouvernement à l’Institut « EMNJD ». Selon cette étude, 49 % des Allemands de l’Est trouvent que la « République Démocratique Allemande » comportait  plus d’aspects  positifs que  négatifs ! Et, à Chemnitz (ex Karl Marx Stadt) les contestataires d’extrême droite et néonazis continuent  de se réunir pour défiler et attaquer la démocratie devant la tête statufiée de Karl Marx… On a envie de brandir ce que les écrasés du Printemps  de Prague avaient peints sur les murs : « Lénine réveille toi , ils sont  devenus fous!     

Alain HOWILLER.

 

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