Par Antoine Spohr

L’APE ( Association Parlementaire Européenne) est sans conteste l’émanation de l’institution « Parlement Européen » (PE) où une question aussi ambitieuse peut être abordée légitimement et , dans sa complexité, soumis à un public, disons le, visiblement cultivé.

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A Strasbourg, en fin d’après-midi d’une journée chargée de la session de rentrée au PE, une salle bien remplie a accueilli un panel réduit en nombre mais prometteur, joliment hétéroclite… ( photo eurolatio où manque Paul Clad le secrétaire général, toujours à pied d’œuvre, en poste de veille) On y trouve aussi le président de European Student Think Tank en observateur, à gauche.
Avec son délicieux accent italien Matteo Angeli, chargé de la communication à l’APE, chef d’orchestre ici au centre -le maestro Guschelbauer est dans la salle – distribue les rôles, alors écoutons les acteurs.

 Capture d_écran 2018-09-14 à 16.52.49De la Télévision aux hémicycles politiques

C’est bien sûr Jean-Marie Cavada qui ouvre la première partie du débat : il est à demeure.

On notera que dans son préambule, il rend hommage à un grand journaliste strasbourgeois de ses amis,Alain Howiller, ancien directeur-rédacteur en chef des DNA et évidemment Européen « naturel ». Nous nous honorons à eurolatio de compter sa plume parmi celles de nos personnalités invitées.

Et voilà le député européen encore tout imprégné par les débats du jour qui s’élance avec le bagout et le talent qu’on lui connaît depuis bien longtemps car le journaliste, dirigeant de prestigieux médias, laisse à peine percer le « politique » en quelque sorte généraliste que la culture n’indiffère pas. Il fustige Viktor Orban vu en «  plouc grossier » et ses complices du groupe de Visegrad guère mieux traités. Il dénonce aussi « la prosternation devant l’outil numérique » La culture c’est pour plus tard et en attendant, place à un  spécialiste du sujet à traiter

 De la Suisse et du Canada, à Strasbourg .

Ce sera Paul Lang, récemment nommé à la direction des musées de Strasbourg, homme de grande culture comme sa profession le laisse entendre. On en vient donc  à la culture à travers le cursus de l’expert et ses expériences dans les différents postes et lieux où il a officié. Il ne s’intéresse pas qu’à l’art de la peinture et autres productions plastiques et parcourt les autres arts qui lui sont inévitablement liés. On a donc surtout parlé d’arts , circonscrits à l’Europe et c’est bien dans le sujet . Pour étayer ses exemples il affirme pertinemment que « la culture partagée a devancé la Communauté du Charbon et de l’Acier »(CECA).

On retiendra peut-être que Delacroix le Français est redevable à Constable l’Anglais, que Haendel, allemand, compose en Italie puis en Angleterre où il est inhumé, que l’Opéra Don Carlos de Verdi , l’Italien, est inspiré d’une œuvre de Schiller , allemand sur un livret du français Joseph Méry et se déroule en Espagne…. Ce ne sont là que des exemples puisés dans l’Histoire Moderne ou Contemporaine. On en trouverait de bien plus ancien en passant par l’antiquité gréco-romaine, l’art sacré sans remonter aux peintures rupestres

Quant à l’accès aux spectacles réputés fort coûteux, les prix sont souvent atténués par un dispositif de nombreuses cartes de réduction. Car pour la pérennité du théâtre, de l’opéra, de la visite des musées ,de la fréquentation des festivals, expos exceptionnelles… « il faut assurer la relève des publics, c’est indispensable » On a compris qu’il s’agissait d’attirer et de séduire le jeune public. Peut-être une promotion des spectacles moins «  livresques » -si on ose évoquer les articles, les fascicules, les affiches souvent pompeuses sans les dénigrer- et plus incarnée par les artistes en «  chair et en os »allant au-devant du public et mieux médiatisés, comme pour le cinéma.

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De Strasbourg à la Scala

Et voici en chair et en os la cantatrice lyrique, la belle Céline Mellon

Strasbourgeoise d’origine ( naissance et début de formation au Conservatoire de la Ville) elle parcourt à présent l’ Europe pour faire entendre sa belle voie de soprano dans des oeuvres très diverses, classiques ou plus contemporaines . Il n’est que de consulter son site pour tout savoir. Mais ici, elle nous conte sa jeune carrière avec une modestie souriante évoquant aussi les sacrifices, les investissements en travail et en temps, sans se plaindre bien sûr car elle y est arrivée, au pinacle des chanteuses lyriques. Elle ne philosophe pas aisément mais nous livre une magnifique formule en réponse à une question : «  la culture est un ciment entre les êtres portant vers le beau et le haut ».

Des remarques cependant.

Peut-être aurait-on pu commencer pas là pour traiter le sujet proposé. La Culture peut-elle participer à l’intégration européenne ? Peut-elle être ce ciment dont parle Céline ? Réinterprété encore :« la culture peut elle rapprocher les êtres au point de les intégrer dans un Etat puis dans un ensemble plus étendu, ici l’Europe.

On pardonnera à un ancien professeur de féliciter les organisateurs car la soirée fut parfaite sur ce plan et de se permettre une remarque moins flatteuse aux intervenants, en marge de leur copie ou prestation remarquable par ailleurs, la fatidique mention « hors sujet ».

Il aura fallu que le débat s’ouvre pour que le public y vienne . Il l’a fait au moins partiellement obligeant enfin JM  Cavada à répondre à des questions plus précises sur le sujet, mais trop fines, pour qu’il en prenne tout le sens. Il trouve la panacée au manque de culture partagée  dans  le travail à faire à l’école.

Le directeur des musées quant à lui, à une question quelque peu accessoire d’un auditeur qui veut savoir ce qu’il pense des Etats-Unis et qui veut savoir en même temps ce qu’on entend par culture,  répond avec une belle sincérité qu’au retour de son périple professionnel, et tout récemment du Canada, il a été très heureux de se retrouver en Europe.

Eh bien voilà. On a parlé de culture pensant civilisation. On les confond parfois, même souvent car on globalise un mode de vie allant de l’aspect le plus ordinaire et incontournable ( habitat, habillement, alimentation, économie….) aux considérations plus élevées ( plus beau plus haut, par la philosophie, l’éthique, la gestion de la cité, les religions et l’expression suprême, LES ARTS), la culture en somme..

Ne parle-t-on pas d’art africain, asiatique, américain , précolombien… ? Comme de civilisations d’ailleurs. Alors il n’est pas interdit de parler d’art européen partagé et d’en montrer les fondamentaux en se réjouissant des nuances.

Antoine Spohr

 

 

 

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