Une introduction à l’article de Jean-Paul Picaper:

l’auteur est vice-président de Paneurope France (Comité Français de l’Union Paneuropéenne Internationale) A eurolatio, nous  scrutons tout ce qui paraît concernant l’Europe et y avons trouvé cet article un tant soit  peu hors « Europe » encore qu’on puisse considérer que tout ce qui concerne la France concerne l’Europe.

Etrange: cet homme, ex-professeur d’université et journaliste ose dire ce qu’il voit, ce qu’il entend et ce qu’il en pense.Ce n’est pas si courant.
Quiconque produit  de telles réflexions, argumentées, sans mensonge, ni haine ni insulte, quel que soit son bord politique sera  évidemment publié sous sa propre responsabilité

Voici donc son texte , un peu long et non-illustré mais nous n’y avons pas changé un iota/

 

 

« Ce qu’il s’est passé le 1er mai place de la Contrescarpe est grave, mais une dérive individuelle ne fait pas une affaire d’État »

 

« Ce qu’il s’est passé le 1er mai place de la Contrescarpe est grave, mais une dérive individuelle ne fait pas une affaire d’État« .

Cette phrase a fait le titre de la lettre de Christophe Castaner, Délégué Général de « La République En Marche ! », adressée aux militants de son mouvement.

Heureusement, les députés de LaREM, la République en Marche, ont rejeté sans problème le 31 août la motion de censure déposée par l’opposition à l’Assemblée Nationale et ils pourront continuer à voter les réformes indispensables à la modernisation de la France que les gouvernements et présidents précédant Emmanuel Macron n’ont pas tenté de mettre en oeuvre, par lâcheté, négligence ou bloqués par les corps intermédiaires.

Une politique de réformes ne sera peut-être plus possible dans un futur parlement si En Marche introduit la dose de proportionnelle voulue par François Bayrou.

Je suis d’accord avec M. Castaner concernant la seconde partie de son titre, mais pas la première.

« Ҫa » n’est pas aussi grave qu’il l’affirme. Des semaines durant, dans le trou de l’été, on n’a parlé que de Benalla. Au point de rendre les Français allergiques aux médias.

A des fins politiciennes, l’opposition parlementaire et des médias à ses ordres, « Le Monde », « Libération », ont exploité quelques vidéos providentielles montrant des empoignades commises par un homme puis par deux dont l’un casqué et brassardé comme un policier s’acharnant sur des victimes sans défense.

Coupées de leur contexte, ces scènes dégageaient une impression de brutalité inouïe. De quoi émouvoir dans les chaumières car cela passait et repassait au petit écran. Les habitués des films à suspense se sont  toutefois demandé ce qui avait bien pu se passer « avant » et « après ». Les plus perspicaces se sont interrogés sur le « pourquoi » et le « comment » de ces images.

Et les plus sceptiques ont posé la question « cui bono » : « à qui profitent » ces images ? Il ne fallait pas chercher bien loin. L’objectif des députés contestataires et de leurs montreurs de vidéos était de bloquer une réforme du parlement qui va supprimer un tiers de leurs mandats électoraux, tant au Sénat qu’à l’Assemblée. C’est pour ne pas perdre leurs titres et salaires qu’ils ont mis en œuvre un de ces processus de scandalisation qui rythment aujourd’hui le débat politique.

Pianotant de « do » à « si » sur la gamme de la vertu outragée et de l’indignation républicaine, les amis de M. Mélenchon et Mme Le Pen ont multiplié les séances en commission d’enquête,  en réclamant la comparution devant les Assemblées de personnes qui n’apparaissaient pas sur les vidéos. Sans craindre le ridicule, Mme Le Pen a déployé d’énormes efforts pour faire impliquer celui qui l’avait ridiculisée sur un plateau de télévision lors du dernier débat des présidentielles.

Ils ont fait l’impossible pour recycler l’assemblée des élus de la République en tribunal révolutionnaire. Voulaient-ils voter la mort du Roi ou celle de Danton ? Pour le moment, cela a foiré, mais ce n’était qu’un essai. Il y aura des rééditions. Ils éprouvent de la haine envers celui qui les a réduits à un rôle de figurants. Ils ne savent comment faire pour le renvoyer à sa charrue dans quelque banque ou institution et s’emparer du pouvoir de l’Etat pour casser l’Europe et ruiner à nouveau notre économie.

Faute d’avoir pu amener le suprême responsable de leurs échecs devant un tribunal des élus, ils ont donc concocté cette motion de sangsue, pardon, on dit : motions de censure contre le Président ou contre son Premier ministre qui n’apparaissent pas sur les vidéos. On a honte d’avoir appartenu au temps jadis à un parti qui s’appelle aujourd’hui le LR quand son chef Laurent Wauquiez s’associe sur ce coup tordu à la Marine bleue dont bien des anciens adeptes se détournent en se pinçant le nez, et aux sans-culottes de Mélenchon.  Ce coup foireux a été un coup d’épée dans l’eau. Reste que la réforme n’aura pas été votée, qu’ils ont gagné le temps d’un été et peuvent encore espérer que rien ne changera jamais dans l’Hexagone de Dame Tartine avant l’Apocalypse.

 

Mais la donne a changé.

Le dit Benalla dont on ne mentionnait guère le prénom pourtant bien de chez nous, a répondu longuement le 28 août au JT de 20 h. Et l’on a découvert non pas une brute épaisse, un gorille descendu de son arbre, mais un homme intelligent, instruit, pas arrogant, parlant avec maîtrise d’une voix claire dans un français superbe. Alors, là, les téléspectateurs se sont dits que le président de la République choisissait bien ses proches et collaborateurs. Les déclarations d’Alexandre Benalla étaient logiques et réalistes, bien supérieures aux aboiements de bassets qu’on entendait depuis des jours et des jours.

Il a surtout dit que les vidéos n’ont pas montré l’avant et l’après. Mais nous avions vu que, sur l’empoignade de la Contrescarpe, on voyait juste un instant en haut des clichés s’élever une épaisse fumée noire. Les anars du Bloc Noir incendiaient des voitures et des commerces. Ils bombardaient de projectiles la police qui n’intervenait presque pas et était aussi débordée. Les deux individus qu’Alexandre Benalla et Vincent Crase tentaient de maîtriser dans ce contexte de bataille de rue avaient jeté les bouteilles d’un café sur les policiers. Ces derniers n’avaient pu calmer ces excités. « Des délinquants », a dit Benalla. Des forcenés, est-on tenté de dire. La police a eu une attitude essentiellement défensive, on s’en souvient, et les casseurs s’en sont tirés avec des peines légères ou furent remis en liberté. Tandis que nos élus se sont acharnés sur Benalla parce qu’il est contractuel de la présidence.

Ont-ils rendu ainsi un service à la République ? Parce qu’il a tenté de mettre hors d’état de nuire des fanatiques et exaltés au demeurant parfaitement organisés et sachant ce qu’ils font ? Toujours est-il que, malgré les apparences, des coups n’ont pas été portés, que Benalla et Crase n’ont fait usage ni de matraques ni d’armes, mais de leurs mains. Ils n’ont pas donné de coups de pied. Un bras s’est levé, mais il n’a pas frappé. On pourrait aussi comprendre leur colère contre ce type de manifestants, même s’il y a eu de leur part une erreur de compétence et un excès de zèle. C’est sûr que les représentants de l’ordre n’auraient pas dû céder à des pulsions et émotions.

Mais les images auraient dû montrer aussi la folie destructrice des manifestants aveuglés par l’ignorance idéologique ainsi que par une « haine antiflic » que ne partage pas la grande majorité des Français. Il faudrait que les pouvoirs publics se préoccupent des prêcheurs de l’extrême-gauche qui influencent beaucoup plus qu’on ne croit notre jeunesse. Se réclamant de la république, ils pratiquent un endoctrinement antirépublicain, disons le franchement, « totalitaire ». Une certaine presse a encensé Mai 68 tout au long du premier semestre. L’intelligentsia culturelle et universitaire a largement approuvé des mois durant ce mot d’ordre. C’est un symptôme de plus d’un pathologie française qu’il va bien falloir éradiquer par la force de l’intelligence et de l’argumentation. Voilà qui devrait être à la une de nos médias. Il s’agit de faire reculer des groupements qui veulent détruire la démocratie.

Tant mieux pour lui si un quotidien du soir a augmenté son tirage avec la longue interview que Bennalla lui a donnée et si d’autres médias ont pu faire leurs choux gras de cette affaire montée comme un soufflé. Mais le soufflé s’est dégonflé, dès l’apparition de l’intéressé à la télévision. Il fut un temps où l’on parlait de la réforme de l’Europe, du problème migratoire et de la lutte contre le djihad. Va-t-on en parler à nouveau ? Reviendra-t-on aux choses sérieuses ? Et le dérèglement climatique, la dette du commerce extérieur, le chômage incompressible, les surcoûts du fonctionnement de l’État et des Assemblées, qu’en disent-ils ?

Quant à Benalla, l’instruction de son dossier d’un vide sidéral devra peut-être considérer que les moyens sont insuffisants pour maîtriser les amateurs d’émeutes et de putschs et pour contrer les arguments de leurs tireurs de ficelles. Pesonnellement, je ne vois rien de répréhensible à la vidéo qui le montrait ceinturant un photographe de presse pour l’éloigner du président. Il éloigne l’homme en le ceinturant simplement. Pour avoir été journaliste de terrain, nous connaissons l’acharnement de certains photographes de presse.

Cette séquence n’a pas été montrée longuement et pour cause : là Benalla était dans l’exercice de ses fonctions. Il était dans le rôle du chien de garde assigné à protéger le président. Car, dans toute cette affaire, une réalité n’a pas été dite : comme toute personnalité publique, le président Emmanuel Macron risque sa vie. Les psychopathes et les terroristes (deux mots synonymes) ne manquent pas, hélas ! Si Henri IV avait eu des gardes de corps du genre Benalla autour de lui dans la rue de la Ferronnerie, la France se serait mieux portée de longues années encore et aurait préservé son indépendance par rapport aux puissances de l’époque envers lesquelles Marie de Médicis fut plus que bienveillante.

Il faut souhaiter au président qu’il trouve d’autres Benalla pour le protéger. Croyez-vous que les présidents Trump et Poutine n’aient autour d’eux que des demi-portions ? Or, le président Macron est un homme précieux pour la France. On attend de lui qu’il la modernise et la mette au diapason d’un monde qui ne l’a pas attendue. L’affaire Benalla a surtout montré que la médiocrité, déficience contagieuse, affecte aussi nos milieux politiques et médiatiques. Les ondes nous ont ressassé des sondages mesurés au thermomètre Benalla.

Je voudrais bien savoir sur quels paramètres et questions, on a jugé que 80% des Français et 60% des électeurs d’En Marche doutaient de M. Macron depuis le cas Benalla. On a même osé comparer cette affaire à la réduction de vitesse sur les routes secondaires : eh, oui, « on ne punit pas Benalla mais on punit les automobilistes ». La bêtise ne connait pas de bornes. Elle vole au ras du bitume. Ces sondages tendancieux et propagandistiques  sont tout simplement du pipeau. C’est comme ceux qui nous affirmaient que les personnes préférés des Français étaient Yannick Noah puis Omar Si. Où va-t-on chercher de telles énormités ?

J’ai rencontré des citoyens et citoyennes qui en avaient ras-le-bol de l’affaire Benalla. Qui me disaient : « Ils en font trop «, «Benalla, Benalla, on n’entend plus que ça «. En chevauchant tout un été sur cette comédie, les élus de l’opposition ne se sont attiré que mépris. Certains reprochaient au président de n’avoir pas tapé du poing sur la table en disant : « Assez de co… (ici le mot courant pour bêtises)«. Je suis un peu triste qu’un homme comme Gérard Larcher ait fait mine de ne pas voir de telles dérives ! Il est vrai qu’il est là pour réduire le feu sous la marmite.

Tout Français qui a appris sa leçon d’Histoire sait à quelle vitesse les choses peuvent dégénérer à partir de prétextes montés en épingle comme le Benallagate. C’est une constante historique. Nul n’imaginait, lors de la fête de la Fédération en 1790 que la légalisation du crime prendrait le relais des « cahiers de doléances ». Et tous les révolutionnaires, Robespierre en tête, n’auraient pas reconnu qu’emportés par une sorte d’autorité sans visage, ils feraient le lendemain de faire ce qu’ils avaient désavoué la veille ! Seul Marat jetait à tout vent le prurit de ses ulcères en réclamant chaque jour plus d’hémoglobine. Et c’est ce monstre, que les « insoumis » de l’époque  glorifiaient à l’égal d’un Dieu !

Ni le philosophe autoproclamé Mélenchon, ni la fille parricide de J.-M. Le Pen ne parviendront à transformer la République en régime de Terreur avide de têtes qui roulent. Au cours de cette bataille Benalla, ils ont pataugé dans une boue qu’ils ont eux-même produite. Cela se verra plus tard et Laurent Wauquiez a eu bien tort de grimper dans cette galère. A toutes fins utiles, La République En Marche devrait recruter quelques Charlotte Corday armée, non pas de poignards, bien entendu, mais de caméras et de claviers d’ordinateur pour mettre sur la touche les petits Marats.

C’est animé de l’admiration constante que je voue à cette grande héroïne de notre Histoire de France que j’ai pris la liberté de publier ci-dessous la lettre de Christophe Castaner qui voit les choses évidemment de façon beaucoup plus nuancée et plus intelligente que moi. (Jean-Paul Picaper. 27/07/et 1/08/2018)

*    *

Jean-Paul Picaper ancien professeur de science politique à l’Université de Berlin-Ouest,

ancien journaliste, correspondant en Allemagne du Figaro pendant 26 ans

écrivain et vice-président de Paneurope France (Comité Français de l’Union Paneuropéenne Internationale)

 

 

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