Par Alain Howiller

Merkel est en vacances. Macron aussi .

Les deux principaux protagonistes du feuilleton politique de cet été essayent de prendre du recul avant d’être rattrapés, par  la campagne électorale en   Bavière  pour la première et pour le second, de continuer à s’arcbouter (congés ou pas!) contre la tempête Benalla. Devant leurs électeurs éberlués , les deux ont du (doivent) surfer sur  les vagues.

Pour la première , il s’agissait – politique migratoire oblige – de sauver son gouvernement « non,non,non je n’ai jamais songé à démissionner »a-t-elle affirmé .Pourtant en février 2016 une rumeur persistante faisait état , du côté de Munich d’une sorte de « complot »  mené par Seehofer, Stoiber et la CSU pour faire chuter la  chancelière et gagner les élections fédérales de 2017! Le « feuilleton Merkel/Seehofer » laissera sans doute des traces : si il y avait des élections sur le plan fédéral, l’AfD recueillerait 17,5% des voix selon un sondage mené au début du mois d’août alors que la  CDU/CSU serait créditée  de 29% d’intention de vote (elle avait obtenu  32,9% aux élections de l’année dernière), le SPD aurait 18 % des voix (20,7 % obtenus en 2017) et les Verts bénéficieraient de 12 % des intentions de vote (contre 8,9 % obtenus en 2O17

Vous avez dit « tsunami politique »?

En Bavière ( le Land) la CSU avait obtenu la majorité absolue aux dernières élections régionales. Si on votait ces jours-ci –le scrutin réel est prévu le 14 Octobre –, la CSU obtiendrait  39 % des suffrages , l’AfD aurait 13 % des voix , le SPD 12 % et les Verts 14  %. Un tsunami politique se préparerait-il  du côté de Munich?

Sur le plan fédéral, un signe soulignant le désarroi politique allemand vient d’être donné avec l’annonce de la tentative de création d’un parti de rassemblement de la gauche!

En France où les partis – dynamités par le tsunami des élections présidentielles puis législatives – peinent à retrouver des marques , le second protagoniste -Emmanuel Macron, a essayé (essaye encore)  de sauver sa majorité et de préserver son image face à une affaire Benalla qui n’était pour lui qu’une: » tempête dans un verre d’eau ». Si les effets  de l’affaire Benalla sont difficiles à  cerner alors que huit Français sur dix se sont déclarés choqués par les révélations produites à cette occasion, les sondages restent contradictoires quant à leurs répercussions: -5 points en un mois selon certains  (sondage de l’Institut Yougov avec 30% de jugements positifs),+ 2 points selon d’autres (sondage Elabe avec 35 % de jugements positifs). Pour le directeur adjoint de l’Institut de Sondage Ifop, l’affaire « a eu un impact réel mais il n’y a pas de rupture d’opinion. »

Pour Merkel les résultats des élections du 14 Octobre en Bavière donneront une première indication sur l’impact réel de « son feuilleton ».

 

Pour Macron la Justice saisie tranchera et l’opinion , alors,…jugera en attendant les élections européennes, des 23 et le 27 Mai 2019 dans  les 27 pays membres de l’Union Européenne , qui permettront de jeter un oeil plus qu’intéressé sur, l’évolution du monde politique! D’ici là – tradition cultivée par les oppositions et trop souvent oubliée par les gouvernants – on entendra beaucoup parler de démocratie, de la notion de citoyens, de peuple souverain(!),de transparence , de modernité (re:!) etc… Autant de notions que  les électeurs sollicités ont trop tendance à traduire par élections à gagner (ou à ne pas perdre), majorité à mettre en cause, intérêts personnels à sauvegarder etc…L’évolution de l’abstentionnisme et la chute des adhésions aux partis sont  le prix à payer de cette approche là.

Au delà des « déçus de la politique ».

Pourtant les études menées (notamment par la fondation Shell sur les jeunes de 12 à 25 ans) montrent que si l’intérêt pour la politique ne se dément , pas c’est le jugement porté sur les partis qui pèse . La dernière étude de la Fondation Shell n’a-t-elle pas mis en évidence que si 6 jeunes sur 10 ont déjà participé à des actions politiques 41 % d’entre eux (contre 30 % en 2002) s’intéressent à la politique , mais cet intérêt est très loin de profiter aux partis dont ils se méfient . Côté français , une étude du CEVIPOF (Centre de Recherches politiques de Sciences Po) avait souligné que…82 % des  Français avaient une vision négative de la politique tandis que 39 % sont méfiants vis à vis des politiques: ceux-ci déçoivent 54 % d’entre eux. Une analyse de « l’Association Nationale des Conseils d’Enfants et de Jeunes (ANACE) estime que ,selon ses sondages 71 % des politiques mentent! Au coeur du débat les partis politiques: « Je ne crois plus aux partis politiques. Leur unique obsession est la conquête du pouvoir. Alors qu’ils devraient être des laboratoires d’idées et des viviers de talents. »(1) relève Xavier Bertrand, ancien Ministre, actuel Président de la région Haut de France, un  expert en quelque sorte!

Et les tiroirs sont remplis , en particulier sur les deux rives du Rhin , d’études qui expliquent doctement  -politologues à l’appui- ce qu’il faudrait  faire pour re-mobiliser les électeurs!…En Allemagne , un groupe de travail inter-partis (CDU,CSU,SPD,Verts,Die Linke,FdP) avait suggéré , dès 2015 (!),une réforme du système électoral (introduction du vote obligatoire, abandon du système mixte trop complexe),multiplication des bureaux de vote ( en  complément des  bureaux officiels),vote électronique, extension du vote par correspondance.                                                 

  De Berlin à Paris: des idées!

En France un groupe de travail ,présidé par un historien (Michel Winock) et composé de parlementaires, de « personnalités qualifiées »  a formulé 17 propositions dont un retour à un septennat unique pour le président de la République, instauration de la possibilité pour l’Assemblée Nationale de s’oppposer aux nominations effectuées par le Président de la République , introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections , fusion du Sénat et du Conseil  Economique Social et Environnemental (CESE),diminution du nombre de députés , introduction du référendum populaire. Certaines de ces dispositions ont été reprises  (et le seront encore) par Emmanuel Macron et sa majorité dans le cadre de la loi ou  d’une réforme constitutionnelle.

Mais l’essentiel reste à faire: amener les partis  à redevenir des « laboratoires d’idées et des viviers de talents », lutter contre ce que les politologues  appellent la « triangulation »(2) qui devient chez les médias , qui auront aussi leur « aggiornamento » à mettre en œuvre , « la stratégie du coucou »! C’est une réflexion qu’il faudra bien engager un jour  car elle mérite grande attention c’est la question de savoir « si  la presse est passée du contre-pouvoir à celui d’anti-pouvoir » (d’après Marcel Gauchet cité  par notre consoeur Anne Rosencher,directrice déléguée de l’Express).Le problème central de nos démocraties restant que « …les élites politiques  sombrent dans un  opportunisme frileux-des girouettes suivant servilement les instituts de sondage dans l’espoir de se maintenir au pouvoir, prisonnières comme elles le sont du court terme. »(3)

 Alain HOWILLER.

(1)Xavier Bertrand dans L.e Point du 2 Août 2018.

 (2)Triangulation:concept venu de la géométrie voire de la trigonométrie inventé par Dick Morris,conseiller de Bill Clinton.Le fait de prendre les idées d’un concurrent ,d’en faire une synthèse avec ses propres idées ,de prendre le meilleur de chaque position et de trouver une troisième voie.

(3)Le philosophe Jürgen Habermas (Université de Francfort sur le Main) dans Le Monde es 29/30 Juillet 2018.

Un commentaire sur « France-Allemagne ou Macron-Merkel entre « stop » ou « encore »? »

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