par Eloïse Lehmann

Bientôt aussi bien vu en France que chez nos voisins ?

Par une loi en projet ?

La filière d’apprentissage est souvent boudée ou méconnue par les jeunes.

Présentée comme concentrant les élèves en échec dans les filières classiques, sa réputation n’est pas glorieuse et contribue à la discréditer de plus en plus, petit à petit : s’engager dans cette voie doit être un choix volontaire et non un choix par défaut. Le projet de loi déposé par le gouvernement, nommé « Avenir professionnel », a pour but d’améliorer la reconnaissance envers cette filière qui n’a aucune raison d’être si peu valorisée. Il concerne également la formation professionnelle et l’assurance-chômage. Actuellement, 400 000 jeunes sont en apprentissage, un chiffre qui stagne d’année en année alors que l’objectif du précédant quinquennat était de le porter à 500 000 au minimum. C’est donc, on peut le dire, un échec, d’où le projet du gouvernement.

Quel contenu?

La réforme a été présentée le 27 avril 2018 en Conseil des Ministres par Muriel Pénicaud, la Ministre du travail. Plusieurs changements étant en ligne de mire, elle suscite des réticences, notamment de la part des régions. Effectivement, la redistribution dans les rôles de pilotage fait que de nouveaux frais vont apparaitre. Les régions seront également en charge de l’information dans les collèges et lycées au sujet de cette filière. Nouvelles missions, nouvelles responsabilités, nouvelles dépenses : cela fait beaucoup de nouveautés à gérer, avec des allocations budgétaires réduites en 2018. Ne serait-ce pas une mission impossible que s’impose le gouvernement ? Les régions déplorent notamment qu’un nombre important de CFA (Centre de Formation d’Apprentis) devront fermer, faute de financements suffisants.

Le nouveau mode de financement de l’apprentissage

Capture d_écran 2018-05-24 à 09.40.40Un des autres gros problèmes de l’apprentissage reste de trouver des employeurs acceptant de prendre des jeunes, qui devront alterner entre cours et travail en entreprise, nécessitant donc une organisation particulière. Ainsi, le but est d’inciter les entreprises à prendre des alternants en facilitant leur prise en charge, tout en assurant leur insertion sur le marché du travail à la suite de leurs études.

Des « prépas-apprentissages » devraient aussi voir le jour. Si le nom semble plutôt vouloir redorer l’image de l’apprentissage, en rappelant les classes préparatoires considérées comme filières d’excellence (à tort ou à raison, c’est un autre débat), cela est tout de même une proposition intéressante. Une période de préapprentissage ou une formation spéciale dans les lycées professionnels permettront aux jeunes d’être mieux préparés à ce qui les attend dans l’entreprise. Une fois en apprentissage, leur rémunération sera revue à la hausse, permettant d’envisager des conditions d’études améliorées et un avenir plus attrayant.

De la loi à son exécution et une prise de conscience générale.

Si l’on généralise, on ne voit objectivement pas souvent dans les médias des reportages sur des jeunes ayant réussi grâce à l’apprentissage. C’est un état de conscience général : les discours selon lesquels seules les filières générales ouvrent des portes pour l’avenir, les lycées professionnels ou technologiques rabaissés constamment à cause de leur présumé mauvais niveau. Les jeunes se dirigent donc vers des études longues, des BAC +5, se rendant finalement compte au bout de quelques années que ce n’est pas ce qu’ils veulent faire et découvrent alors tout ce qu’ils ont négligé durant leurs études, seulement à cause de réputation médiocre et d’une information biaisée en fonction de leur environnement d’étude.

Capture d_écran 2018-05-24 à 09.37.20Les compagnons du devoir, une filière d’excellence

 Pour illustrer cette filière, prenons l’exemple emblématique des Compagnons du Devoir. Plusieurs mouvements compagnonniques existent, tous d’accord sur le fond mais séparés à cause de problèmes, principalement de rivalités. Nous allons nous concentrer sur l’AOCDTF (l’Association Ouvrière des Compagnons du Devoir et du Tour de France), reconnue d’utilité publique par l’État. Accessible à partir de quinze ans ou en post-bac, et présente à peu près partout en France, les jeunes apprennent le métier qu’ils souhaitent faire tout en vivant une expérience humaine riche en rencontres et en découvertes. Ils vivent dans une Maison de Compagnon, où les règles de vie sont précises et connues de tous. La vie en communauté est un quotidien. « Ni s’asservir, ni se servir, mais servir », telle est leur devise.

Les formateurs sont souvent eux-mêmes des compagnons et ont en moyenne 24 ans : ils n’enseignent pas les métiers d’hier mais les métiers de demain. Les nouvelles technologies sont maitrisées et pas seulement présentées. Un réel lien peut s’installer entre formateurs et apprentis, rendant la formation agréable.

Afin de finir leur formation les apprentis partent souvent en Tour de France, durant en moyenne six ans dont une année à l’étranger grâce à Erasmus+, l’Erasmus de la formation, de l’éducation, de la jeunesse et du sport. Cinq étapes sont normalement prévues, mais libre à chacun de vivre son tour de France comme il le souhaite, et de le faire durer le temps qu’il veut. L’enrichissement est impressionnant : de nouvelles techniques, des approches différentes, des capacités d’adaptation, des personnalités différentes, … Deux raisons principales poussent les jeunes à ne pas exécuter ce tour : l’âme-sœur ou un CDI proposé lors de leur dernier apprentissage, faisant qu’au total uniquement la moitié des apprentis partent finalement.

Capture d_écran 2018-05-24 à 09.36.44Les principales Maison des Compagnons en France de l’AOCDTF

Sur 8 000 candidats chaque année, 4 000 accepteront les conditions d’admission. 90% auront leur CAP (contre 27,5% de réussite en licence entre 2012-2013 et 2015, bien que de larges écarts existent entre les facultés). Le taux d’insertion atteint 95%. Sept mois après leur diplôme, les compagnons ont 30% de plus de chance d’être embauchés. Il s’agit là évidemment d’un modèle exemplaire ; Pourquoi ne pas s’en inspirer.

Si tous ces chiffres peuvent paraître abstraits et lourds, la conclusion est là : apprentissage ne veut pas dire chômage. Au contraire.

Eloïse Lehmann

 

 

 

 

Un commentaire sur « L’APPRENTISSAGE en voie de réhabilitation »

  1. Une réussite vivement souhaitée pour un projet déjà très ancien. Le modèle des « voisins » (Allemagne, particulièrement) toujours cité en exemple n’a jamais été suivi. Espérons que ce gouvernement trouvera les moyens de franchir les véritables obstacles…

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