(par Eloïse Lehmann)

Accord de Paris, COP 22, COP 23, One Plannet Summit, protocole de Kyoto, conférences…. Tous ces rendez-vous importants ont pour objectif de rassembler tous les pays du globe afin de lutter contre le changement climatique. Leurs discours de clôture soulignent tous la même chose : c’est l’année de la dernière chance. Dernière chance décalée d’un an tous les ans !

 Plan A connu, plan B existe…très discrètement

Les modèles climatiques oscillent entre scénarios catastrophes ou utopiques, alarmant les professionnels du climat ainsi que la conscience mondiale. Les « solutions », qui résultent de compromis et qui semblent plus servir à la communication qu’à la protection du climat, ne suffisent pas et ne sont pas, ou peut-être pas, suffisamment respectées. Voir même abandonnées, comme par les États-Unis de Trump en tête !

À l’heure actuelle un seul plan A est évoqué, que ce soit au niveau mondial ou national. Il consiste notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone, la vapeur d’eau, le méthane, le protoxyde d’azote ou encore l’ozone. On sait.

En réalité un plan B existe mais n’est pas ouvertement évoqué de crainte d’encourager un immobilisme de l’attente, donc de sursis à exécution des États : la géo-ingénierie.

La communication globale est bien rodée, mettant en avant les avancées après chaque rencontre ou sommet international grâce au suivi du plan A.

Mais alors pourquoi ce plan B ?

Qu’est-ce que la géo-ingénierie ?

En 2014, l’Agence Nationale de la Recherche a publié sa propre définition : « La géo-ingénierie de l’environnement correspond à l’ensemble des techniques et pratiques mises en œuvre ou projetées dans une visée corrective à grande échelle d’effets de la pression anthropique sur l’environnement. Il importe de bien distinguer la géo-ingénierie qui met en jeu des mécanismes ayant un impact global sur le système planétaire terrestre des techniques et pratiques d’atténuation ou ayant simplement un impact local. ».

Plus généralement et simplement, ce concept illustre une action délibérée pour contrôler le climat à l’échelle globale. Plusieurs techniques existent, comme l’extraction du carbone de l’atmosphère à l’aide d’aspirateurs géants, réfléchir les rayonnements du soleil en peignant routes et toits des maisons ou immeubles en blanc ou encore en dispersant du souffre autour de la Terre.

Photo 2 èmme art. E. L

Après la Seconde Guerre Mondiale et durant la Guerre Froide, cette technique était utilisée à des fins stratégiques. Les informations météorologiques étaient étudiées par des ordinateurs à l’origine conçus pour gérer la création de la bombe atomique. Il était impossible d’accuser qui que ce soit d’avoir modifié le climat, car comment prouver la responsabilité d’un pays et non d’un autre ? C’était également employé pour faciliter une mission prévue ou empêcher des missions de l’adversaire : le soleil pouvait arriver soudainement alors qu’il pleuvait auparavant, ou alors un épais brouillard pouvait soudainement apparaître alors que le soleil brillait auparavant. Tout cela uniquement grâce à des procédés chimiques.

Le climat était modifié à petite échelle, tout comme on peut toujours l’observer aujourd’hui par exemple lors des parades militaires russes sur la place Rouge en Russie qui se déroulent toujours sous un soleil radieux.

Des limites et des dérives très vite atteintes.

Edward Taylor, l’inventeur de la bombe à hydrogène (aussi appelée bombe H, encore plus puissante que la bombe atomique), voulait utiliser la bombe nucléaire pour « arranger l’environnement » : raser des montagnes, créer des zones portuaires, etc…. Ceci est bien évidemment un cas extrême, frisant la folie, mais il semble important de montrer les dérives possibles.

C’est d’ailleurs pourquoi il était (et il est en partie toujours) considéré comme loufoque, dangereux et pas sérieux de vouloir modifier le climat à une échelle globale. Mettre en œuvre ce plan B laisse penser qu’on peut contrôler la nature et le climat, comme si l’Homme était supérieur et ne faisait pas partie de cette même nature. L’image d’un climat Frankenstein émerge : contrôler une modification volontaire du climat, pour finalement créer des conditions climatiques encore pires que si l’on avait touché à rien, et tout arrêter en se morfondant sur nos erreurs.

Effectivement, dans plusieurs modèles on s’aperçoit que si à courte échelle de temps le climat est favorablement modifié en abaissant même la température actuelle dans certains cas, c’est en réalité une bombe à retardement à longue échelle. L’action menée doit être continue et sans variation d’intensité, car si pour une quelconque raison il y en a, alors le climat se modifierait encore plus vite et plus désastreusement que si rien n’avait jamais été modifié. Aucune adaptation ne serait possible, ni pour la faune, ni pour la flore, ni pour les humains.

 Chaque action a des conséquences prévisibles ou non. 

Protéger le climat n’est pas vouloir le contrôler. Le climat n’est pas qu’une histoire de température. Il y a aussi des écosystèmes avec des besoins spécifiques, des réactions chimiques ayant des répercussions non voulues. De plus, que se passe-t-il si un unique pays décidait de changer son climat ? Prenons les États-Unis en exemple : changer le climat de ce pays aurait des répercussions sur la saison des pluies en Afrique, qui elle-même aurait des répercussions sur le climat en Chine. Il n’existe pas de frontières météorologiques et pour le moment, nous sommes dans l’incapacité pure et simple d’en créer.

La Chine prend, depuis l’accord de Paris en 2017, des mesures phares pour réduire la pollution et ses émissions de gaz à effet de serre. Une très bonne chose dans l’absolu, mais une conséquence inattendue est aussi à prévoir. En effet, la couche de pollution se trouvant actuellement au-dessus de la Chine permet de réfléchir les rayonnements solaires. Lorsque cette dernière purifiera son air, ou même quand l’Inde ou d’autres pays actuellement pollués le feront, la température se réchauffera d’au moins 1°C[1] dans un très court laps de temps (5 ou 10 ans, dépendamment des efforts anti-pollution mis en place). Chaque action a eu, a, aura des conséquences.

Taiyuan

Taiyuan, capitale de la province du Shanxi en Chine, décembre 2016. Source : Reuters.

La géo-ingénierie aujourd’hui.

La géo-ingénierie est vue par certains comme une recette miracle. Les humains n’auront pas besoin de modifier leurs modes de vie : pas de compromis, pas d’efforts, pas d’adaptation ou contrainte à un nouveau quotidien. De plus, on protège le climat : la température est abaissée. Un nouveau marché s’ouvre : les nouvelles techniques créées peuvent être vendues, rapportant de l’argent et permettant de nouveaux emplois. Certes cette vision est aussi défendable et peut s’avérer efficace, amenant des bénéfices à l’humanité. Mais c’est à double tranchant : le marché peut entrer dans une crise et la deuxième chance n’existe pas et ne peut pas être créée, à moins de trouver une deuxième Terre.

Les professeurs de Harvard, David Keith et Frank Keutsch vont lancer un test grandeur nature dans la stratosphère, mais à petite échelle pour éviter tout risque. Un ballon de haute altitude vaporisera une fine brume de composés chimiques tels que le dioxyde de soufre, l’alumine ou le carbonate de calcium dans la stratosphère. Cela permettrait notamment de réfléchir les rayonnements solaires. Le but est de voir les réussites et les limites de l’utilisation de procédés chimiques afin de contrôler le climat. Aucun des deux scientifiques ne se prononcent actuellement quant à la possibilité d’utiliser la géo-ingénierie à grande échelle.

De la retenue, encore et toujours. Le climat est sensible aux interactions et une chose est sure : une fois modifié, il l’est pour toujours, quelles qu’en soient les conséquences.

Eloïse Lehmann

[1] Prévision faite par Clive Hamilton, philosophe et professeur d’éthique, dans le reportage « les apprentis sorciers du climat », diffusé par ARTE en 2016.

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