Une médaille d’or pour la Turquie ?

Celle du pays qui compte le plus de journalistes ou de professionnels des médias dans ses prisons, trophée accordé par le Comité pour la protection des journalistes. Un tiers des personnes de cette profession et actuellement emprisonnés dans le monde, le sont en Turquie. Joli Pactole ne charriant pas ici des paillettes d’or ( légende) mais des tonnes de boue nauséabonde.

 

Les prémices incertaines non avérées.

 Le coup d’État manqué de 2016 a été attribué par le gouvernement aux partisans du dignitaire religieux Fetullah Güllen, qui dirige le mouvement islamiste et conservateur du FETÖ. La mise en place de l’état d’urgence par la suite n’a été qu’une question de jours. Il a été renouvelé six fois depuis. Il stipule dans son article 15 que « l’exercice de droits fondamentaux et de libertés peut être partiellement ou entièrement suspendu (…) tant que les obligations en termes de loi internationale ne sont pas violées ». Le Conseil des ministres, sous la présidence du chef de l’État, peut « émettre des décrets ayant force de lois ». Oublié Mustapha Kemal Ataturk ?

Aujourd’hui le contexte politique de la Turquie s’éloigne des valeurs démocratiques. Les purges organisées s’étendent à la société civile, alors qu’elles étaient à l’origine centrées sur la confrérie du FETÖ ou (voir  ci-dessous):

Mouvement Gülen

Gülen Hareketi

Région Turquie puis reste du monde
Création Années 1970
Type Organisation religieuse et sociale

Considérée comme terroriste par la Turquie, Chypre du Nord, le CCG et l’OCI

Fondateur Fethullah Gülen
Organisations affiliées Islam

Sunnisme

Soufisme

Naqshbandiyya

Nurculuk

Site web http://fgulen.com/en [archive]
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le:Infobox_Organisation

 

Le milieu universitaire est particulièrement touché, tout comme les médias. Un référendum sur un projet gouvernemental de présidentialisation des institutions a été adopté le 16 avril 2017 à 51,4%. Pas si brillant que çà après tout.

Les réactions dans le Monde.

L’OSCE (l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) et le Conseil de l’Europe, l’Europe des 47 dont la Turquie fait partie, ont souligné les irrégularités dans le vote. Des bulletins invalides ne portant pas le tampon officiel, ont été validés à la dernière minute par le Haut Conseil électoral. Des pressions injustifiées ont été menées quotidiennement contre les partisans du non, en abusant des pouvoirs obtenus grâce à l’état d’urgence, de sorte que les deux camps (le oui et le non) n’ont pas bénéficié des mêmes ressources durant la campagne. Evidemment.

La liberté de la presse disparaît un peu plus chaque jour, étant bafouée par le pouvoir discrétionnaire du chef de l’État et de son gouvernement.

Un climat de peur s’est installé au fil des arrestations et des fermetures des organes de presse permises grâce aux décrets déposés par le gouvernement, toujours plus nombreux et sans limite.

Entre 120 et 150 personnes sont actuellement emprisonnées pour des raisons arbitraires, en attente de jugement ou ayant été jugées de manière partiale. Les détentions sont souvent justifiées par l’appellation « terrorisme » ou « appartenance à un groupe terroriste armé », souvent en lien avec le PKK (Partiya Karkerên Kurdistan en kurde, parti des travailleurs du Kurdistan), avec le FETÖ ou avec un groupuscule d’extrême gauche appelé le DHKP-C.

Les conditions de détentions pré et post jugement sont à la hauteur de ce qui reste de la liberté de la presse, c’est-à-dire très lourdement pénalisées, inhumaines. Les détenus n’ont pas accès à un avocat ; ils ne sont pas mis au courant quand ces derniers tentent de les joindre, ; ils n’ ont le droit de leur parler que dans de très rares occasions, sur écoute et sous surveillance permanente. Le courrier et les livres n’entrent pas en prison.

Une rencontre par semaine est accordée à la famille proche, et uniquement à la famille proche, par téléphone ou à travers une vitre. Cela continue de s’appeler visite, mais le terme de rencontre semble plus adéquat au regard des modalités à suivre. Au sein de la prison, les contacts autres qu’avec les détenus de la même cellule sont interdits.

Cette censure gouvernementale concerne aussi bien les médias traditionnels, régionaux et nationaux que les réseaux sociaux. L’information est filtrée, supprimée, modifiée, diffusée selon la volonté et le bénéfice apporté aux plus hauts niveaux de l’État turc. La peur installée durablement au fil du renouvellement de l’état d’urgence engendre des conséquences non négligeables sur le travail, mais aussi dans la vie personnelle, des journalistes et professionnels des médias, pour ceux qui ne sont pas incarcérés.

Cependant l’engagement contre ces mesures autoritaires reste important en Turquie malgré les difficultés et les risques encourus, mais l’aide internationale est requise, demandée et nécessaire. Amnesty International est à l’œuvre, dénonçant le caractère politique des arrestations et des condamnations encourues. La justice est supposée se baser sur des faits servant à prouver la culpabilité ou l’innocence de la ou des personne(s) inculpée(s). La nouveauté en Turquie est que même lorsque les faits sont absents ou prouvent l’innocence de la personne, cette dernière est tout de même inculpée. Bizarre, ce simulacre !

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Ainsi le président turc d’Amnesty International, M. Taner Kiliç, a été condamné à sept mois à de prison ferme pour appartenance à une « organisation terroriste », ici le FETÖ. Quelques heures après sa libération conditionnelle par un tribunal, ce même tribunal est revenu sur sa décision et a requis sa garde à vue. Quelques jours plus tard, la remise en liberté conditionnelle lui est à nouveau octroyée. Douche écossaise ?

Dévastateur pour lui, pour sa famille et pour la justice turque qui revient sur des décisions qu’elle a elle-même prises pour finalement les reprendre quelques jours plus tard.

Aslı Erdoğan ( rien à voir avec son homonyme ) a été mise en prison pendant cinq mois, alors que la perquisition de huit heures à son domicile et la fouille de ses 3 500 carnets de notes de ces vingt dernières années n’avaient rien donné. Suite à sa détention, ordonnée par le tribunal pour sa position en tant que membre du conseil consultatif et rédactrice bénévole pour le journal kurde Örgür Gündem (désormais interdit). Ses maladies chroniques ont empiré et elle ne souhaite plus écrire, pour se concentrer majoritairement sur la guérison de blessures invisibles mais présentes et puissantes…..On la comprend !

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La manœuvre ne trompe personne.

L’élection présidentielle approche et aura lieu le même jour que les élections législatives, c’est-à-dire le 24 juin 2018 date anticipée à la demande de Recep Tayyip Erdoğan, actuel président turc ,comme on sait. Elle pourrait être suivie d’un second tour le 8 juillet, à moins qu’un candidat n’obtienne la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour.

On peut rêver même sous la tyrannie la plus dure.

Si l’importance des médias n’est plus à prouver lors des évènements électoraux, on comprend bien que la campagne débute de manière très inégalitaire entre les candidats. Il est effectivement plus facile de faire de la propagande lorsque les informations diffusées sont censurées à sens unique et que les médias d’opposition sont dissous. Non ?

Recep Tayyip Erdoğan est d’ores et déjà annoncé comme grand favori et gagnant de cette élection. Quelle surprise !

 

Eloïse Lehmann

Un commentaire sur « Vers le contrôle total des médias en Turquie »

  1. Désolant de ne pas trouver plus de soutien de la part des  » aînés » aux jeunes pousses ; de ne pas voir des étudiants s’aventurer réellement et pas qu’en manifestant des velléités. Pour beaucoup le laconisme des réseaux sociaux est plus facile même quand ils ont autres choses à dire que les traditionnelles litanies des amphis en grève.Même ces sujets ( grèves, occupations) seraient intéressants dans un débat structuré et contradictoire. Le public n’y a pas droit sur le fond mais il est sur-saturé de visions de manifestations;;; pour les manifestations. Toujours l’écume !

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