Le Prix 2018 du Musée du Conseil de l’Europe (CoE) a été décerné au Musée sur l’enfance dans la guerre (War Childhood Museum) de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), comme un modèle d’initiative civique pour préserver la mémoire des enfants ayant grandi dans la guerre et promouvoir la valeur de la diversité culturelle.

Une réception a été donnée dans les salons du palais Rohan de Strasbourg le 24 avril pour la remise du prix à Jasminko Halilovic, fondateur du musée et Amina Krvavac, directrice exécutive.

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Amina Krvavac, Jasminko Halilovic et le trophée « la femme aux beaux seins « de Joan Miro .Photo eurolatio

Diplôme, chèque et trophée leur ont été remis par Michele Nicoletti, Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et Jette Sandahl, présidente du Forum Européen du Musée (FEM).

Soirée VCM

Jasminko. H entouré de M. Nicoletti et Mme Gabriel-Henning.Photo eurolatio

Strasbourg prend fait et cause

Madame Gabriel-Hanning, représentant le maire Roland Ries, tenait à manifester le soutien de la ville à ce jeune musée qui « aide les individus à surmonter les expériences traumatiques du passé et contribue à une meilleure compréhension mutuelle entre les groupes humains »

L’histoire des conflits n’est jamais racontée par les enfants alors qu’ils en sont les premiers témoins et les nombreuses victimes. Jasminko Halilovic a voulu leur donner la parole. Tout comme l’avait fait l’exposition « Déflagrations: dessins d’enfants, guerres d’adultes » qu’on a pu voir l’hiver dernier à la médiathèque André Malraux. On s’en souvient avec émotion. (cf. notre article : « Noël, la fête de tous les enfants… »)

Strasbourg était la première et seule ville à la présenter assumant ainsi son rôle de capitale européenne de la démocratie et des droits de l’homme.

La résilience des enfants de la guerre.

Jasminko Halilovic n’avait que quatre ans quand débuta le siège de Sarajevo qui, de triste mémoire, fut d’une violence inouïe et considéré comme le plus long et le plus meurtrier de l’histoire contemporaine.

Les raisons d’une guerre ? Les enfants n’en ont que faire et ne peuvent les comprendre. D’ailleurs, y a-t-il quelque chose à comprendre? Leurs tranquilles existences sont tout à coup bouleversées par la cruauté, la famine, le froid, la séparation de proches, la mort, la peur… qui leur sont infligés.

Comment vivre après de tels traumatismes ?

En 2010, Jasminko a envoyé un petit questionnaire sur internet pour demander à d’autres survivants de raconter leur expérience du conflit. « Pour toi qu’est ce que l’enfance pendant la guerre ? » (en 160 caractères maxi). Il ne s’attendait pas à recevoir tant de réponses, plus d’un millier, des récits du quotidien dans la guerre mais aussi des objets, des photos, beaucoup de souvenirs intimes

 

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Les « histoires courtes » qu’il a recueillies ont fait l’objet d’un livre « Enfance en guerre. Sarajevo 1992-1995 » dédié à Mirella, sa petite copine d’école, morte en 1994. La députée européenne allemande, Doris Pack, spécialiste des Balkans, avait soutenu sa promotion en 2013 devant le Parlement Européen.

Il fallait rassembler et conserver tous ces témoignages pour l’exemple, pour montrer la force de résistance et l’ingéniosité dont sont capables des enfants pour survivre à la barbarie.

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L’idée d’un musée est née. Le « Musée de l’enfance dans la guerre » (WCM) a ouvert ses portes en janvier 2017 grâce à une jeune équipe menée par le pugnace Jasminko.

Un plaidoyer pour l’Europe

Depuis cinq ans Jasminko Halilovic a consacré sa vie au musée. Il a parcouru l’Europe. Sur les 47 Etats-membres du CoE, il n’en reste que six à visiter. Il promet de le faire avant son trentième anniversaire en septembre prochain.

En rencontrant les gens et en écoutant leurs histoires personnelles, il a découvert que les peurs, les espoirs, les défis et les valeurs sont partout les mêmes.

Il le relate dans son discours de remerciement à Strasbourg où il est venu défendre l’idée de l’Europe « l’idée d’un lieu libre où chaque citoyen a le droit de vivre, de travailler, d’apprendre ou d’aller dans les musées, l’idée qui a failli être vaincue mais finalement défendue dans ma ville natale de Sarajevo »

Cette idée, devenue obsolète pour certains, de même que les mots « Paix, liberté, démocratie, égalité, Droits humains » qu’il prononce à plusieurs reprises, représenteraient-ils encore un espoir pour la jeunesse?

Une expérience universelle.

Qu’il soit de Sarajevo, de Syrie, d’Afrique ou d’ailleurs, un enfant qui grandit dans une zone de conflit agira de la même façon… Jasminko Halilovic en est persuadé.

Le musée continue ses recherches, en Bosnie et partout dans le monde, pour nourrir sa collection. Il propose des conférences et des expositions itinérantes dans un but pédagogique. Son objectif premier est d’aider les enfants.  Des contacts ont été noués avec des associations du Liban, de Syrie, de Turquie et des Etats-Unis.

Musée de Sarajevo

Le Musée sur l’Enfance dans la Guerre (WCM) a vocation à devenir une institution internationale.

Puisse-t-il avoir un pouvoir dissuasif contre la guerre!

Gervaise Thirion.

3 commentaires sur « Sarajevo, paix et réconciliation par un musée. »

  1. Belle idée ce musée !

    Et la collecte des témoignages, c’est émouvant et tellement important.

    Je rencontre des réfugiés pour écrire des articles pour la newsletter d’un association qui aide les réfugiés, les parcours sont incroyables.

    Bises+++ am

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    1. Oui leurs parcours sont incroyables, à nous de les rendre crédibles… de ne pas faiblir, de réussir à les accompagner… Que risquons nous à le faire ?
      Toujours là, ma chère am
      Je t’embrasse

      J'aime

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