Sur la Place des Tripiers se dressera dès octobre la statue d’un preux guerrier dit le chevalier Liebenzeller.

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Il fut le tacticien de la bataille de Hausbergen en 1262.

 Un éclairage historique sommaire.

Sur les détails, les médiévistes pourtant brillants sont restés peu diserts.

 Pas Gergovie, ni Poitiers, ni Bouvines, ni Azincourt ni Austerlitz ou Waterloo, ni Verdun ou autres batailles…, toutes bien massacrantes et connues : ici on reste dans l’histoire de Strasbourg et d’une bataille « hors les murs » dans la campagne proche, une rencontre sanglante avec 1300 morts tout de même. Aucune projection possible alors du destin européen de Hausbergen/Strasbourg. Il y a si longtemps.

Quasiment une guerre civile, dans un monde germanique, entre Alsaciens si on ose le dire ainsi car, s’ils le sont en effet, en avaient-ils pleine conscience ? In illo tempore comme on disait en ce temps là dans une liturgie romaine alors primordiale, Strasbourg est une « Ville d’Empire », d’un Saint Empire Romain Germanique gravement perturbé par une lutte interne de succession sur fond d’un autre conflit qui en était l’origine, celui entre l’empereur et le pape régnant sur toute la chrétienté catholique d’Occident.

En réduisant ( en zoomant) le champ, dans un premier temps, on est tout bonnement sujet du prince-évêque, chef religieux, certes élu par le chapitre mais intronisé par le pape et surtout grand seigneur séculier, en même temps. Des estimations, difficiles à étayer avec précision, font vivre 20 000 habitants sur la centaine d’hectares protégés par les remparts ( intra muros). C’est peu et pourtant la ville est une des plus importantes de l’Empire.

On sait que le nouvel évêque Walter de Geroldsek qui vient d’entrer en fonction en 1260 tient à récupérer toutes ses prérogatives temporelles que son prédécesseur avait partiellement abandonnées à la société « civile » et surtout aux bourgeois ceux que Ph Dollinger appellera «  le patriciat ».

En parcourant sélectivement la plupart des ouvrages parus sur l’histoire de Strasbourg, on remarque que Hausbergen y figure abondamment.

IMG_2384.jpgOn est déçu de ne pas voir apparaître souvent le nom de Liebenzeller, notre héros célébré aujourd’hui, si ce n’est tout à la fin du Tome 1 du Journal Historique de l’Alsace, extraordinaire travail de Henry Riegert ( 6 volumes). Entre autres, même Francis Rapp et Georges Livet dans Histoire de Strasbourg ne le citent pas.

 Victoire totale et liesse folle. (8 Mars 1062)

L’évêque meurt de hargne moins d’un an après sa défaite, le 12 février 1263, tandis qu’on ovationne Reinbold Liebenzeller l’un des chefs et surtout celui qui a imaginé une tactique audacieuse et donc originale dans un ensemble stratégique inattendu, autant du côté des  Strasbourgeois  que de l’autre, celui du prince-évêque. Il mérite la gloire militaire !

Devenu célèbre à titre posthume, il devient un symbole.

Du moins c’est ce que souhaitent certains.

Il faut bien trouver une explication de cette tardive célébration.

En premier lieu, à l’origine d’un tel engouement pour cet homme, on ne pourra pas ne pas voir un écrivain talentueux, artiste et redoutable historien amateur : Charly Damm, l’auteur d’un monumental roman de l’histoire d’Alsace de 1248 à 1349 :«  Niclaus Findel ».

Dans plus de cinquante pages sur les 651 que compte ce pavé passionnant, on côtoie dans la Ville une sorte de « sécrétaire général », journaliste, érudit, conseiller, un intellectuel attachant, au milieu de ces milices sans doute truffées de soldatesque ou de spadassins, c’est Niclaus, inventé par l’auteur et, avec lui, bien réel celui-là, son protecteur et bientôt son ami, Reinbold Liebenzeller.

« Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée » affirmait Boris Vian au sujet d’un de ses romans. Beau sujet, difficile aussi. Ici, l’habile apport de l’observateur pertinent Findel contribue à la crédibilité du récit/roman (historique) qui a nécessité cinq années de travail d’historien. Il faut le lire !

En second lieu, avec admiration on reconnaît cette volonté tenace d’un homme, littéralement fasciné par sa Ville qu’il porte en lui et qui le lui rend à son tour : Jean-Louis de Valmigère, l’homme à l’écharpe rouge.

Sous les yeux ébahis des Alsaciens, il avait suggéré, organisé, ordonnancé, un grand spectacle de la même veine, au Zénith.On peut trouver un DVD « La bataille de Hausbergen , Grand spectacle historique » qui en témoigne.

En moins « grand public » : il est à l’origine et à la réalisation d’une exposition sur le mime Marceau, Strasbourgeois de naissance. L’Aubette transformée en musée vivant …silencieux, une belle et grande idée. Une réussite.

Alors laissons le faire sans réfréner son ardeur enthousiaste même si dans le cas de Liebenzeller elle est un tant soit peu débordante et excessive à nos yeux dans certaines approches. Nous sommes quant à nous, plus ardemment acquis aux causes européennes.

Rien ne l’arrête, notre laudateur, pas même la comparaison entre le chevalier et le Général de Gaulle, dont les hauts-faits pendant la 1°Guerre Mondiale puis à Moncornet ( effet contesté) en 1940 n’en sont pas pourtant restés là. Cela se sait ! Liebenzeller a continué également au sein du patriciat de la Ville Libre de Strasbourg.

Plus étonnantes encore, pas seulement pour des questions de sémantique : la fondation de la République de Strasbourg et l’affirmation de la laïcité gagnée et, plus fort encore, la « séparation de l’Eglise et de l’Etat ». Dans une Ville qui ne peut, sans souffrir dans son âme, se libérer de «  l’Interdit », sanction prononcée à l’encontre d’un individu comme d’une collectivité par le pape ou l’évêque ? Interdit ! Plus rien de salvateur comme le baptême des nouveaux-nés ou comme l’extrême-onction au terme de la vie et dans son décours, le mariage. Point de secours d’un état-civil de contournement que créerait la juridiction civile d’une république, fût-elle « Ville libre » au sein d’un ensemble où on ne l’est pas…laïc.

 

Capture d_écran 2018-03-08 à 11.06.54Dans une cérémonie/gala de présentation officielle du projet ces idées bizarrement relayées par le maire Roland Ries mezzo voce ( peut-être en subtile provocation)puis par Jean-Louis Debré fortissimo, en écho, lui que rien n’arrête plus dans ses interventions improvisées depuis qu’il s’est libéré avec «  Ce que je ne pouvais pas dire », en 2016.

Un peu hâtif, pour de nombreux assistants avisés qui ont entendu la présentation officielle du projet, présentation animée par une charmante comédienne-humoriste, Karen Chataîgner qui n’a pas toujours pu poursuivre sereinement, dans son style de saltimbanque.(photo)

En dehors de ces détails, au regard d’un public acquis, le projet plaît et devrait réussir largement. A ce jour nous croyons savoir que les souscriptions sont en bonne voie. La moitié des statuettes, répliques en 45cm de la statue, ont trouvé preneur et des promesses attendent la confirmation. Tout paraît « acquis », confortablement. Bravo !

On peut bien sûr contribuer plus modestement qu’en acquérant pour 2000 euros une statuette. De toue façon il n’y en aura qu’une centaine.

Capture d’écran 2018-03-15 à 20.44.52.pngCependant puisqu’il s’agit de célébrer des héros dans l’espace public, notre collaboratrice GervaiseThirion, qui, lors de la journée de la femme a vu des écriteaux portant des noms de femmes » apposés provisoirement et sans esprit revanchard, sous les noms de rue à la gloire ou en souvenir des héros mâles, propose une statue de Simone Veil, femme politique exemplaire : première présidente du Parlement Européen, plusieurs fois ministre, humaniste…et belle. Elle en appelle à Jean Louis de Valmigère et à son talent d’organisateur pour soutenir l’initiative annoncée par le Ville et que nous soutiendrions.

Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg a annoncé en effet dès le 30 juin 2017, jour même du décès de la grande dame, que la Ville allait se mettre en quête d’un espace dans Strasbourg, pour lui donner le nom de Simone-Veil, l’européenne convaincue.

 

Capture d’écran 2018-03-08 à 10.40.24.pngLes Français non-Strasbourgeois comme les natifs ou les touristes étrangers qui passeront bientôt, place des Tripiers et croiseront le regard de Reinbold Liebenzeller, auront les même droits que les indigènes.

Si ils le suivent, ce regard les mènera à la flèche de la cathédrale où flotte parfois un drapeau que promettaient les membres du serment de Koufra, Leclerc et les siens, comme de Gaulle l’aurait fait et que beaucoup, beaucoup d’autres Français peuvent imaginer. Aujourd’hui il pourrait être plutôt «  bleu avec 12 étoiles ».

Les symboles comptent plus qu’on ne le croit.

 

Antoine Spohr

 

 

Un commentaire sur « Liebenzeller, le chevalier oublié aura sa statue. »

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