Par Gervaise Thirion

Le Populisme, ce mot-valise « Souvent lancé comme une insulte … parfois fièrement revendiqué » (Jan-Werner Müller*), est le sujet embarrassant, par excellence, tant le sens qu’on peut lui donner prête à controverses. Il est difficile de trouver une définition précise qui fasse l’unanimité, le sixième Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg (FMDS) a pour objectif d’éclairer notre lanterne, établir des bases de compréhension et fournir, si possible, les outils qui  empêchent les dérives. Rappel :Viktor Orban, Hugo Chavez, Erdogan, Beata Szlydlo  ultra conservatrice en Pologne, Donald Trump… La liste n’est pas exhaustive

Heureuse innovation

Pour cette nouvelle édition, la Ville de Strasbourg a eu la bonne idée de transformer la grande salle de l’Aubette en Agora, avec, comme point central, un Café du peuple qui accueille les visiteurs à tout moment de la journée. Tout autour, un vaste espace destiné à des ateliers, des conférences, une installation, une exposition. Un endroit où se « poser » et prendre le temps de consulter le programme des manifestations. Cette année encore l’offre est pléthorique. Dur, dur de faire son choix !

Photo café du peuple

 

Deux temps forts à l’ouverture du Forum.

On peut cependant suggérer une première étape juste à côté du café : l’exposition « L’Etat trompeur : Le pouvoir de la propagande nazie » proposée par l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington. (site : ushmm.org/fr/propaganda)

Des affiches, photos, vidéos de l’époque, accompagnées de textes courts et explicites montrent comment un Etat démocratique est capable de donner naissance à l’horreur absolue. L’intérêt de cette exposition est de décrypter les ressorts de la propagande nazie qui a su  utiliser les technologies les plus avancées pour mettre au point son plan diabolique avec l’assentiment du peuple.

photo expo aubette

Quand l’Histoire éclaire le présent … la maîtrise des outils de communication les plus sophistiqués au service de la manipulation des masses, il s’agit encore de cela aujourd’hui. Rien n’aurait changé.

Au cinéma Odyssée, Can Dündar, symbole turc de la lutte pour la liberté de la presse et la démocratie

Autre temps, autre histoire, et pourtant des similitudes …

Can Dündar n’est pas un inconnu à Strasbourg. En 2015,  il recevait le Prix Reporter Sans Frontières (RSF) pour son journal Cumhuryet poursuivi par le régime autoritaire de Recep Tayyip Erdogan.

Can Dündar 2015

Samedi 4 novembre,  il était présent à l’Odyssée pour présenter deux films :

Le premier « La main dans le sac, Turkish Irangate » est un document en caméra cachée sur la livraison d’armes par le gouvernement Turc aux djihadistes de Syrie. Ce qui lui a valu son triste sort.

Le second, « Adieu à la Turquie« , coréalisé pour Arte avec la journaliste allemande Katja Deiss, interroge quatre compatriotes contraints, comme lui, à l’exil et qui, malgré les poursuites des services secrets turcs, refusent d’arrêter leur combat pour la liberté de la presse et la démocratie. Le 24 janvier 2017 il a lancé le site ozguruz.org (« nous sommes libres »)

Une seule séance de projection était prévue pour le forum. On peut visionner le film sur you tube : Pour ceux qui n’ont pas encore une idée claire de la Turquie actuelle gouvernée par M. Erdogan

Can Dündar est l’emblème de ces milliers d’intellectuels turcs révoqués, poursuivis, emprisonnés, menacés de mort depuis la proclamation de l’Etat d’Urgence, suite au coup d’état manqué de 2016. Il vit à Berlin, loin des siens…

Pour en rajouter à sa souffrance, le fait marquant du film est, sans conteste, l’hostilité que lui manifestent ses « compatriotes » turcs (environ trois millions) pro-Erdogan et qui vivent, comme lui, en Allemagne. En témoignent les messages insultants et/ou haineux dont il est la cible et que les réseaux sociaux charrient à torrent.

Le Peuple, oui, mais de quoi parle-t-on ?

« La démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple » (Abraham Lincoln). L’idée est généreuse, mais est-elle réaliste ? Dans le premier cas évoqué, les Aryens contre les Juifs, les Tziganes, les Noirs… Dans l’autre, partisans du pouvoir contre opposants. Peuple contre élites, autochtones contre étrangers, pauvres contre riches ou  l’inverse… Dans tous les cas, un « anti-autre » porteur de division, de haine et de violence

Les thuriféraires du populisme prétendent défendre le peuple. Un peuple monolithique aux aspirations communes ? ça existe ?

Sinon que faire?

 » La démocratie est toujours chose difficile et nerveusement éprouvante » (Jan-Werner Müller)

Il faut savoir discerner ce que l’on veut et ce qu’il est possible de faire. D’où l’importance du forum.

Gervaise Thirion

* Jan-Werner Müller :auteur de « Qu’est ce que le populisme : définir enfin la menace » paru en octobre 2016

 

2 commentaires sur « Le « Populisme illustré ». Une image vaut mieux qu’un long discours. »

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