par Pascale Harlez.

Evènement de l’année au TNS

A ENTENDRE COMME A VOIR :

DIALOGUE ET REUNION DE FAMILLE ENTRE LES VIVANTS ET LES MORTS.

DU 26/09 AU 13/10/2017, 20H SALLE KOLTES.

 

Pendant la « générale » de dimanche 24 septembre 2017, voici le bref itinéraire d’un spectateur gâté, pour approcher Le Pays lointain2, pièce réécrite à partir de Juste la fin du monde3, comme une œuvre testamentaire de Jean-Luc Lagarce, un des auteurs les plus joués en France aujourd’hui et considéré comme un « classique contemporain », dans une mise en scène intelligente et subtile de Clément Hervieu-Léger, comédien, metteur en scène d’opéra aussi, et pensionnaire de la Comédie Française.

 

Aux premières loges de la « générale ».

Le premier balcon accueille une quarantaine de spectateurs invités à découvrir la pièce créée au TNS, coproduite par la Compagnie des Petits Champs, notamment. Quelques fauteuils d’orchestre accueillent le metteur en scène Clément Hervieu-Léger, et ses collaborateurs, attentifs, qui au jeu sur scène, qui au texte sur cahier relu et éclairé par des lampes discrètes, toute l’attention se portant sur le plateau. On répète : « C’est l’histoire d’un voyage. » Et il sera répété et amplifié : « Le voyage d’un homme jeune à l’heure de sa mort, regardant tout ce que fut sa vie ». Les micro H.F. et les voix aux tessitures savamment associées, en dialogue ou dans des solos proches de la confidence ou de l’incantation y pourvoient avec élégance et efficacité.

PAYS : l’action a lieu non loin de « cette ville, cette sorte de ville » évoquée comme telle maintes fois comme pour remplir le vide qu’elle a généré et la fuite de Louis le fils prodigue et prolixe de retour – condamné par la maladie – au pays natal après douze ans d’absence au sein de sa famille, qui ignore beaucoup de sa vie, ses amants, sa fin proche.

LOIN : bord d’autoroute, mur anti-bruit en béton, tertre et trottoir de parking, cabine téléphonique française, vieille Golf épave, sans roues et montée sur parpaings, accessoires, chaises et table de pique-nique, quelques joncs de l’autre côté du mur, et figurant l’horizon, en un ciel gris-bleu sombre et tourmenté sur une toile peinte, accrochée au mur de brique du théâtre : le LOINTAIN*

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Troupe :

  • histoire de groupes familiaux existant en parallèle et en confrontation, la famille génétique dans le rôle tragique du « chœur des Abandonnés » et la famille choisie représentée par un ou plusieurs à la fois, ou en forme de galerie de photos – amants de tous types (François Nambot comédien jouant Un Garçon, tous les garçons, en satirique passe-partout), guerriers virulents (avec le jeu tonique de Daniel San Pedro, également codirecteur de la Compagnie des Petits Champs) , et le « préféré » qui est l’Amant mort déjà (incarné angéliquement par Louis Berthélemy parfaitement macabre et sombre en éphèbe blond) ;

Entracte    _____________

 

  • histoire de troupe de théâtre et d’une famille d’acteurs :
  • Louis / Loïc Corbéry de la Comédie Française, figure de proue, le plus souvent à l’avant-scène, dont le jeu et le phrasé sont prodigieusement poignants et maîtrisés, et à la voix autorisée, dans une tension experte entre personnage écartelé par l’ aveu indicible et le non-dit de l’amour et de la mort, et porte-parole de l’auteur ;
  • la Mère vieillissante, émouvante et digne Nada Strancar, le Père mort déjà / Stanley Weber, enfant de la balle et – soit dit en passant, le portrait de son père … Jacques Weber-, colossalement présent dans sa jeunesse figée et sa bienveillance ;
  • la sœur excessive /Audrey Bonnet passionnément expressive, la belle-sœur Hélène en provinciale bavarde et caricaturale solidement campée en bonne-femme et mère par Clémence Boué ;
  • le frère cadet/ Guillaume Ravoire usant du poing et du point final en un brillant crescendo, dans le quasi-monologue de clôture ;
  • Catherine la femme et confidente idéale incarnée avec grande classe par Aymeline Alix au côté de Vincent Dissez excellemment affirmé dans son rôle de tuteur et d’alter ego comme l’indique son surnom d’ami de Louis : Longue Date.
  • En somme, toute une compagnie, dans l’action et sur scène, nous regarde, souvent en face, nous envisage, soit par le regard jeté sur le monde, soit par l’une ou l’autre facette de la vie des humains en famille, pour nous toucher, au terme d’un cheminement tragique et satirique.

 

 

Pendant un laps de temps, Louis descend vers le LOINTAIN. Fondu au noir.

Lumières, applaudissements.

 

La première  a eu lieu du 26 septembre : en quatre heures de représentation, le théâtre organique et pourtant très écrit de J.-L. Lagarce, met en scène dans Le Pays lointain, dit C. Hervieu-Léger, le « roman familial, roman de vie », que « chacun bâtit … en s’arrangeant avec la réalité. »

 

 

  1. tns.fr
  2. Editions Les Solitaires intempestifs
  3. Editions Les Solitaires intempestifs ; et également film, sorti en 2016, de Xavier Dolan

*La partie du plateau la plus éloignée du spectateur

Pascale Harlez

 

Un commentaire sur « LE PAYS LOINTAIN »

  1. Notre collaboratrice »culture » était aux premières loges à la Générale et nous a fait profiter de sa vision ( et audition) avec originalité. Exceptionnel! Pas de synopsis traditionnel mais une lecture à travers le défilé des personnages.

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