Joli retour devant et derrière la caméra pour la cinéaste qui signe ici sa première comédie romantique. Marie-Francine (Valérie Lemercier en personne) et Miguel (Patrick Timsit, surprenant de charme) sont deux personnages abimés par la vie. Elle, abandonnée par son mari volage, licenciée par ses employeurs et contrainte à retourner vivre chez ses parents, à cinquante ans. Et lui, pareil…

Humour et confidence de l’actrice-réalisatrice tant aimée des Français.

Quelle drôle et curieuse situation que celle à laquelle font face vos personnages. Une expérience personnelle peut être ?

Valérie Lemercier : (Rires). En fait, à l’origine, c’est un ami qui m’a raconté qu’à 16 ans, il avait une petite amie avec laquelle il ne s’était rien passé car ils n’avaient aucun endroit où aller pour conclure. Je me suis dit que ce serait encore plus marrant si la même chose arrivait à des adultes car, après tout, la question se pose : « Où consomme -t-on son amour quand on n’a pas de maison ? ». C’est donc une histoire d’amour où tout joue contre eux puisqu’ils sont virés de leur couple, de leur chez eux, de leur boulot, ils ne sont pas à leur place, ils n’ont pas de bol et puis finalement le bol arrive. D’ailleurs, le film devait s’appeler « Le bol de Marie-Francine », ce qui faisait écho au bol rempli de nourriture qu’il lui envoie lors de leur première rencontre et avec lequel il la séduit.

Vous restez dans la légèreté mais vous explorez un thème inédit dans votre filmographie tout en vous confrontant au genre de la comédie romantique ?

VL : Et pourtant je ne suis pas du tout cliente des comédies romantiques mais je me suis aperçue à la fin du montage que ç’en était effectivement une. Même si je voulais la rendre le moins cucu possible. Pour moi, rien n’est plus déprimant que de manger du saumon en couple à la lumière d’une bougie. Le romantisme, c’est regarder le JT de 20h avec son compagnon. Mais d’une manière plus générale, je crois que le thème central de mes films est celui de la place : la place de fille de son père dans Le Derrière, la place d’épouse dans Palais Royal, la place de mère dans 100% cachemire et ici je pose la question de comment retrouver sa place quand on la perd. C’est l’histoire d’un réveil tardif. Marie-Francine a le nez dans ses cellules souches, elle n’a pas vu son mari s’éloigner ni ses filles grandir et devenir des femmes. Elle n’a été confrontée ni à la violence de la vie ni à une belle rencontre. D’un autre côté, ils ne se seraient pas rencontrés s’ils étaient restés dans leur vie d’avant car ils ne sont pas du tout du même milieu. Et puis comme ils font des métiers qui ne les intéressent pas ni l’un ni l’autre, il y a de la place pour l’amour.

C’est aussi un film qui possède un certain charme dans sa mise en forme. Les décors, la photo, la musique, tout cela apporte une touche de couleur et de fantaisie.

VL : Pour les décors, je tenais à ce que tout soit très crédible et je pense que c’est le cas parce que l’appartement des parents a été fait en studio et je le trouvais si bien fait que je me surprenais à aller prendre l’air sur le balcon tellement j’y croyais. Et puis ce qui est amusant c’est que chez ses parents, ces derniers font chambre à part en se parlant à travers la porte de leur chambre mais aucun des deux ne cède sa chambre à leur fille alors que chez les parents de Miguel qui vivent dans une loge de gardien avec une seule chambre, ils la cèdent à leur fils. Ça dit beaucoup de choses sur le milieu et l’éducation de chacun. Quant à la musique, c’est celle que j’entendais enfant avec des chansons d’Amalia Rodrigues ainsi que de la musique de Michel Legrand issu des Parapluies de Cherbourg. Autant de musiques qui évoquent un romantisme fort.

Et bien sûr, on ne peut pas ne pas parler du casting et notamment de Patrick Timsit que l’on a rarement vu aussi beau et charmant qu’ici…

VL : Je ne l’avais jamais vu jouer sur scène mais je l’avais rencontré dans un restaurant à Bruxelles il y a 20 ans. Il était venu me saluer d’une façon tellement discrète et charmante que je l’ai trouvé hyper gentil, sympathique, simple et beau. En tout cas c’est comme ça que je le vois et puis tout le monde peut être beau. Personnellement, Hugh Grant ne me séduit pas du tout. Pas plus que tous ces gens qui incarnent des héros et qui font fantasmer tout le monde. Alors que Timsit, bien qu’il soit plus petit que moi, je le trouve séduisant, intelligent, avec un œil vif, gentil, rassurant et dans le film il est tout ça et en plus, il sait faire la cuisine donc il a beaucoup d’arguments.

Quant aux parents de Marie-Francine, j’ai écrit les rôles en pensant à ces comédiens là, même si j’ai eu peur car Hélène Vincent a d’abord refusé. J’ai donc donné le rôle à quelqu’un d’autre puis Hélène m’a rappelée en me disant que, finalement, elle était d’accord. Je lui ai d’abord annoncé que le rôle n’était plus disponible jusqu’à ce que cette personne finisse par se désister elle-même. Du coup Hélène a bien joué dans mon film comme que je l’avais espéré. J’aime beaucoup son personnage et celui de son époux. Ce sont des gens modernes mais qui vivent dans leur monde. C’est vraiment par eux qu’il y a de la comédie alors que notre couple, à Patrick et moi, est drôle par la situation qu’ils vivent, pas par leurs personnages.

Restent les parents de Miguel… Je voulais qu’ils soient portugais car ils vivent dans une loge de gardiens et il y a beaucoup de gardiens portugais à Paris. Ce qui est surprenant c’est qu’ils sont non professionnels alors que j’ai eu des déconvenues avec des comédiens non professionnels par le passé car il s’agit tout de même d’un métier mais je n’ai pas trouvé de comédiens portugais de l’âge des personnages. Du coup, elle est vraiment gardienne d’immeuble et lui, on la trouvé dans un restaurant portugais près de là où on tournait les scènes dans la cuisine de Miguel.

Et juste une petite question personnelle, il semblerait que ce soit votre premier film de cinéma depuis plus de trois ans. Vous aviez besoin d’une période de recul avec le métier ?

VL : La vérité c’est que la sortie de mon dernier film comme réalisatrice » 100% cachemire a été très difficile. La presse avait été odieuse. Je lisais des titres comme « 100% Navet » ou « 100% Raté ». Ça a été extrêmement violent pour moi, à tel point que pendant un moment, je ne voulais plus rien faire du tout mais comme j’avais un contrat avec le théâtre et que je n’avais pas d’autres engagements, je me suis donné à fond dans mon spectacle que j’ai écrit, mis en scène et joué pendant plusieurs mois au Châtelet puis en tournée à travers toute la France. Puis je me suis dit qu’il fallait réparer le désastre de 100% cachemire et que c’était avec Marie- Francine que j’allais pouvoir le faire tout en revenant au cinéma.

Donc vous revoilà. D’où une dernière question : quels nouveaux projets ?

VL : Là, je voudrais simplement passer mon permis de conduire (Rires). Après tout, il n’y a pas d’âge pour s’y mettre, tout comme il n’y a pas d’âge pour s’aimer ou commencer à fumer comme le montre mon film.

C’est bien la première notion que nous retiendrons.

Nicolas COLLE.

Un commentaire sur « Valérie Lemercier récidive avec « Marie–Francine » pour triompher cette fois. »

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