La journée démarre fort !

Le second jour de compétition aura débuté d’une manière assez particulière au moment de la première mondiale de Okja du Coréen Bong Joon-Ho. Un film qui faisait déjà polémique au moment de l’annonce de sa présence dans la Sélection Officielle, en raison de son distributeur, Netflix. Cette plate-forme américaine de vidéo à la demande comptant déjà 100 millions d’abonnés payants a produit le film. Ted Sarandos et Reed Hastings, les dirigeants de ce géant  sont clairs : « Le consommateur doit avoir le choix entre regarder un film chez lui ou en salle ».

Une première dans l’histoire du Festival, généralement plus habitué à présenter des films promis à un avenir en salle, dans un premier temps au moins.

Dès lors, il fallait s’attendre à des représailles de la part des Festivaliers et c’est ce qui arriva. Quand le logo « Netflix » s’afficha sur l’écran, près de quatre mille sifflets ont manifesté à l’unisson leur hostilité. Avant de remettre ça, pas moins de cinq minutes plus tard, suite à un souci technique qui a contraint les équipes du Palais à reprendre le film au début et bis ! (bis repetita non placent ! ici pour les latinistes.)

Un moment assez cocasse comme Cannes nous en réserve parfois mais auquel votre serviteur n’a pu assister car contraint de découvrir le film dans une salle annexe, assis sur les marches d’escalier pendant près de deux heures, en raison d’un nombre de spectateurs trop important. C’est ça aussi, les joies de Cannes…

Et maintenant, le film…quand même.

Fable contemporaine contant l’histoire d’une jeune orpheline, Mija, vivant dans les montagnes coréennes avec pour seul ami, Okja, un animal mutant créé de toute pièce par une multinationale qui a souhaité faire croire aux consommateurs réfractaires aux OGM, que ces créatures étaient de purs produits bio, élevés sainement, en pleine nature, aux quatre coins du monde. Mais lorsque la présidente de la firme (Tilda Swinton, fragile et diabolique à la fois) souhaite introduire ces animaux à New York  à des fins de marketing et de profits, Mija n’a plus d’autres choix que de tout tenter pour sauver son ami en les ramenant chez eux. L’aventure commence…

Une œuvre épique et sensible qui parvient à inscrire sa poésie dans un cadre pourtant très naturaliste afin de mieux renforcer son message politique et humaniste, capable de convaincre même l’ogre le plus affamé de devenir végétarien. Paradoxalement des applaudissements nourris ont salué le film. On lui reconnaît une qualité qui n’a rien à voir avec la doctrine de diffusion contestée des producteurs.

Changement de registre.

Après quoi, c’est dans la sélection de la « Quinzaine des Réalisateurs » que nous avons découvert Un beau soleil intérieur, le nouveau film de Claire Denis, une plongée dans l’intimité amoureuse d’Isabelle (subtilement interprétée par Juliette Binoche), ici artiste parisienne quinquagénaire, récemment divorcée, qui tente de reconstruire sa vie affective… Bien qu’elle ne rencontre que des hommes plus jaloux, pervers ou névrosés les uns que les autres…

Un sujet délicat et complexe, qui place cette sentimentale acharnée dans des situations apparemment douloureuses mais dont la réalisatrice parvient à tirer le suc le plus drôle et cocasse grâce à des dialogues savoureusement coécrits avec Christine Angot… Du cinéma simple et assez bourgeois de prime abord mais qui se transforme en une leçon de vie juste et sincère.

Et enfin, retour à la Compétition…

…avec 120 battements par minute, réalisé par Robin Campillo, premier film français en compétition.

Une œuvre dure et réaliste qui a secoué la Croisette car elle retrace avec justesse et profondeur le combat des membres d’Act’Up, une association luttant en faveur des droits des personnes atteintes du Sida dans les années 90.

Tout au long de cet édifiant long métrage, nous suivons un groupe de jeunes militants, pour la plupart séropositifs, dans leurs débats et leurs actions pour se faire entendre… parfois avec une certaine radicalité mais toujours dans un esprit pacifique. Parallèlement à cela, une histoire d’amour tout en pudeur et complexité, entre un militant confirmé qui, sentant sa fin proche, se consume peu à peu dans son combat et un militant débutant mais bien portant.

Si l’on est emballé par l’authenticité et la conviction du propos du cinéaste, lui-même membre actif de l’association dans sa jeunesse, on ne peut néanmoins s’empêcher de constater que les scènes s’enchainent et se ressemblent pour la plupart, tout en suivant un schéma linéaire et répétitif (débats en amphithéâtre – manifestations publiques –  intimités personnelles). En résulte donc un beau film certes mais un peu long.

Cela étant, cet avis est toutefois largement compensé par la fraicheur et l’énergie portées par un jeune casting très prometteur, accompagné de la toujours talentueuse, grave et engagée, Adèle Haenel.

Nous avons d’ailleurs eu la chance de pouvoir participer à la traditionnelle conférence de presse et ainsi, poser une question à tous ces talents bruts quant à la relation, tour à tour faite de complicité et de rivalité, qui unit chacun de leur personnage et comment ils avaient appréhendé cette dimension, en amont puis en direct sur le tournage .

Aloïse Sauvage : « En fait, avant de commencer à tourner, Robin nous a tous réuni dans l’amphithéâtre d’une faculté parisienne pendant trois jours afin que l’on puisse travailler ces longues scènes de débat que l’on allait devoir incarner. C’est là que l’on a vraiment appris à se connaître, à se sentir, à se regarder et à la fin de ces trois jours passés ensemble, nous étions devenu ce groupe, cette famille que vous voyez dans le film ».

Antoine Reinartz : « Cette alchimie résulte aussi d’un vrai choix de la part de la production qui nous a tous mis sur un même pied d’égalité. Par exemple, Adèle n’avait pas sa loge personnelle malgré sa renommée. Ça nous a permis d’être toujours ensemble, sans éprouver un sentiment de traitement de faveur, même dans notre rapport avec les figurants où il n’y avait, là non plus, aucune frontière ».

Adèle Haenel : « Pour ma part, ce que j’aime beaucoup dans le film, c’est l’aspect irremplaçable de chacun d’entre nous… Nous avons tous quelque chose d’assez singulier qui fait que sans nous, le film aurait bien sûr pu exister mais il aurait été complètement différent car nous y avons tous amené notre façon d’être, notre façon de parler… Et du coup, personne ne peut remplacer personne. C’est quelque chose de vraiment très fort ».

Merci.

Prochainement, le retour de Michel Hazanavicius pour la présentation de son Redoutable, biopic sur le cinéaste Jean-Luc Godard.

Nicolas Colle.

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