Le Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage a remporté ces lauriers devant ses concurrents : le Musée des Confluences de Lyon (France) et le Musée archéologique d’Héraklion (Grèce).

Mardi soir, à l’Hôtel de Ville de Strasbourg, M. Pedro Agramunt, Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), remettait à Jacques Martial, Président du Musée guadeloupéen, la statuette de bronze de l’artiste Joan Miro (« La femme aux beaux seins ») accompagnée d’un diplôme et d’un chèque, récompense légitime de sa victoire.

Cette cérémonie de remise de prix, moment de pause dans cette période de trouble et d’incertitude, y compris au CoE, a permis un bref rappel de tout ce que la culture, cette « oubliée » de la campagne électorale, peut apporter à la politique avec l’espoir de débats plus sereins.

Lauréat pour le 40ème anniversaire.

Créé en 1977, le prix est attribué, chaque année, par la Commission de la Culture, de la Science, de l’Education et des Médias de l’APCE. L’objectif est « de promouvoir les musées qui apportent une contribution importante à la connaissance du patrimoine culturel européen, favorisent le respect des Droits de l’Homme et de la démocratie et visent à rapprocher les cultures ».

Le premier à recevoir ce prestigieux prix fut la Fondation Joan Miro de Barcelone.

Les trois derniers lauréats ont été, le Centre européen de la solidarité de Gdansk en Pologne (2016), le MUCEM de Marseille (2015) et le musée Baksi en Turquie (2014).Cette fois le prix est hors d’Europe sur un planisphère mais si proche dans l’Histoire universelle.

Le Mémorial ACTe (MACTe) désormais, incontournable visite en Guadeloupe !

« Exceptionnel, enthousiasmant, et innovant, il répond exactement aux critères du Conseil de l’Europe » selon Adele Gambaro, rapporteure du Prix du Musée.

Parmi les raisons qui ont motivé son choix, « La Commission a apprécié le concept muséal développé par le MACTe qui démontre que la culture et les arts sont source de développement humain et de renouveau intellectuel, un puissant instrument pour prévenir l’intolérance, le racisme et la discrimination, et un moyen de renforcer la citoyenneté démocratique ». Entendre cela ces temps-ci, fait du bien ! C’est le centre le plus important au monde consacré au souvenir de la traite négrière et de l’esclavage.

Ce bel édifice qui allie granit, aluminium et quartz noir, est situé sur l’emplacement d’une ancienne usine sucrière. Symbolique ! Son architecture imposante le relie par une longue passerelle à un vaste jardin (le Morne Mémoire) offrant une vue splendide sur la baie de Point à Pitre.

« Faire de l’acte du souvenir la fabrication d’une société nouvelle« 

L’idée d’un musée caribéen de la traite négrière et de l’esclavage a été proposée en 1998 par le CIPN (Comité International des Peuples Noirs). Le projet, un temps abandonné, fut repris, puis mené à bien grâce aux efforts de Victorin Lurel, Président de la région .

Cet ensemble de plus de 4000 m2 est, tout d’abord, un lieu de mémoire. Une exposition permanente aborde l’histoire de l’esclavage dans son contexte mondial et plurimillénaire, de l’antiquité à nos jours. La Médiathèque ouverte à tous, grand public, chercheurs, universitaires, est une ressource documentaire de grand intérêt.

Le bâtiment est conçu de manière à accueillir les manifestations les plus variées, artistiques (danse, musique, théâtre) ou culturelles (séminaires, congrès) et l’art contemporain y occupe une place importante. Les attraits, plus ludiques, qu’offrent jardin et restaurants n’ont pas été négligés.

Un Mémorial, certes, mais surtout un lieu vivant et dynamique, tourné vers l’avenir.

Hommage à la négritude

A Strasbourg, Jacques Martial, lors de son chaleureux discours de remerciement a, évidemment, fait une présentation élogieuse et convaincante du musée qu’il préside depuis l’ouverture en 2015. Difficile de résister à l’invitation qu’il a adressée à tous.

Mais le plus touchant dans son allocution, ce sont ces mots d’Edouard Glissant :

 » L’oubli offense et la mémoire, quand elle est partagée, abolit cette offense »

Edouard Glissant, écrivain-poète antillais, avait été pressenti par le Président Jacques Chirac pour réfléchir à la création d’un centre national consacré à la traite négrière et à l’esclavage. Le rapport qu’il avait préparé restera sans suite, changement de « régime » oblige…

Décédé en 2011, le poète n’aura pas eu le bonheur d’assister à la réalisation de ce beau projet.

On lui laissera les mots de la fin :

« Les mémoires des esclavages ne cherchent (…) pas à raviver les revendications ou les réclamations avant toute chose »

« Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre, parce qu’il n’y va pas d’une vertu de compassion ni de charité, mais d’une lucidité nouvelle dans un processus de la Relation ».

Gervaise Thirion.

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