Le slameur bien connu, Grand Corps Malade, adapte lui-même son livre autobiographique retraçant cette année passée dans un centre de rééducation, à la suite à d’un accident qui l’a rendu tétraplégique incomplet. Il signe là un premier film qui ne verse jamais dans le narcissisme complaisant ou geignard.

Au contraire, l’exercice du biopic, même l’idée, s’efface très vite au profit d’une œuvre sensible, drôle et universelle sur le retour à la vie. L’essentiel !

Rencontre avec un artiste au parcours atypique et son fidèle acolyte… Mehdi Idir.

Franchement votre film, PATIENTS, fait ressentir physiquement, comme jamais on ne l’aurait imaginé auparavant, les affres du handicap… avec cette immersion totale dans laquelle vous nous plongez.

Grand Corps Malade : Je pense que c’est un film qui sert avant tout de témoignage car c’est assez peu courant de se retrouver tétraplégique à l’âge de 20 ans. Je voulais qu’il y ait aussi un aspect pédagogique en s’immergeant dans un centre de rééducation et dans le monde du handicap. Et puis, le titre c’est Patient(S), c’est donc une aventure collective. Il n’est jamais vraiment question de moi, il n’y a aucune allusion à ma vie privée ou au Slam. Ce n’est pas un biopic. J’ai voulu que le personnage soit universel. Il y a aussi, effectivement, une dimension très immersive dans le monde du handicap car comme le dit l’un des personnages, « quand tu es handicapé, aux yeux des gens, ça devient ta première identité… » Ce n’est que quand ils prennent le temps de s’intéresser à toi qu’ils comprennent qu’il y a des handicapés intelligents, cons, beaufs, kairas, drôles, attachants… Donc j’espère qu’avec ce film, on s’attache aux personnages, à leurs sentiments, à leurs aventures, à leurs parcours et qu’on oublie qu’ils sont handicapés.

On a entendu qu’à l’origine, vous ne souhaitiez pas mettre en scène cette histoire… Et pourtant…

GCM : Au départ, je voulais seulement écrire le scénario car c’est une écriture que je n’avais encore jamais pratiquée et je me suis tellement pris au jeu que je ne me voyais pas confier la mise en scène à qui que ce soit. J’ai donc décidé de m’en charger moi-même en étant accompagné par Mehdi car je ne suis pas réalisateur alors que lui a réalisé tous mes clips musicaux depuis 10 ans.

Un mérite supplémentaire de votre film, c’est que vous révélez de jeunes et beaux comédiens français très prometteurs mais absolument inconnus du grand public…

Mehdi Idir : C’était un des premiers trucs qu’on s’était dit au moment de la préparation du tournage .On s’était dit qu’on ne voulait pas de gens connus… Même si ça nous a causé quelques petits soucis quand on a cherché des financements. On a donc fait un long casting où on a auditionné près de 400 personnes car on savait que tout le film allait tenir grâce à leur jeu.

Et c’est le cas… D’autant plus que l’alchimie entre eux paraît naturelle et évidente… C’est aussi probablement dû à cette grande histoire d’amitié…

Naturels ou spéciaux ces liens qu’ils tissent peu à peu entre eux, malgré ou grâce à leur situation ?

GCM : Juste après son accident, le personnage de Ben est seul, enfermé dans sa chambre d’hôpital, sa vie est bloquée mais elle va reprendre ses droits dès lors qu’il reprend une vie sociale par le biais de son fauteuil roulant qui lui amène un peu d’autonomie. C’est là qu’il rencontre ses nouveaux amis et qu’il est à nouveau traversé par des sentiments avec des embrouilles, de la séduction, des liens humains et ça l’aide moralement. Donc même si on ne peut pas guérir sans le personnel médical, je voulais surtout parler de cette famille qui se forme.

Vous montrez également à quel point chacun d’entre eux réagit différemment face à son handicap, certains se battent, d’autres acceptent ou se résignent…

GCM : Si on prend le personnage de Farid,, il est résigné car il est en fauteuil roulant depuis qu’il a quatre ans donc il sait comment le monde fonctionne et il a déjà fait le deuil de sa vie d’avant depuis longtemps alors que les autres sont en pleine transition. Ils comprennent seulement peu à peu ce qui leur arrive et de quoi l’avenir va être fait. Dans ce cas là, et la chanson originale du film parle de ça, chacun essaie d’avoir des espoirs adaptés. Ben, lui, récupère et peut donc espérer remarcher un jour alors que les autres comprennent qu’ils vont être tétraplégique jusqu’à la fin de leur jour. Par exemple, Toussaint, son seul projet c’est d’arriver à pisser tout seul… Ça limite vraiment les espoirs… Mais Ben peut encore rêver de beaucoup de choses, même s’il doit renoncer au sport de haut niveau…

Sur le plan esthétique, le film est en constante évolution de plans serrés et fixes au début jusqu’à des envolées progressives…

MI : La caméra suit l’évolution physique du personnage. Au début, il est alité et ne peut pas bouger. On a donc fait des plans serrés, avec peu de mouvement de caméra puis on a élargit le cadre au fur à mesure que le personnage récupère, avec des mouvements de caméra toujours plus complexes pour arriver jusqu’à ce plan séquence en travelling qui conclut le film. Et puis on a tout filmé à leur hauteur, donc à hauteur de fauteuil… Même les personnages valides sont filmés en contre plongée. Quand ils fuient dans les bois, on se permet de faire un plan- grue avec toujours cette idée de suivre cette notion de liberté qu’ils peuvent avoir. On voulait aussi clore chaque chapitre et passer d’une saison à l’autre sur un mini clip qui exprime le temps qui passe.

Quelques mots sur la musique et les morceaux que vous avez choisi sans tomber dans l’égocentrisme car il n’y aucune de vos chansons préexistantes…

GCM : Bien sûr, sinon ça aurait été facile et lourd. Il fallait vraiment oublier Grands Corps Malade. Comme l’histoire se déroule dans les années 90, on a pris une bande son qui correspond à ce qu’on aime mais aussi à l’époque du film. On a donc de la hip hop française et américaine de ces années là avec du Bob Marley, The Roots, NTM, Lunatic…

Vraiment ce film est une vraie leçon de vie et porteur d’un certain espoir. Qu’aimeriez vous que les spectateurs en retirent ?

GCM : Ce serait trop prétentieux de dire que c’est un film à message pour dire aux handicapés : « Regardez comme on peut changer ! Regardez comme j’ai récupéré ! » parce que celui qui ne peut pas et ne pourra jamais, il aura beau regarder mon film, ça ne va pas changer sa vie. En revanche, si on peut changer le regard sur le handicap parce qu’on passe deux heures avec ces personnages et qu’en sortant du film, un spectateur rencontre un handicapé et comprend ce qu’il y a derrière, ce par quoi il passe ou il est passé et qu’il voit autre chose qu’un mec en fauteuil, alors c’est qu’on aura réussi quelque chose…

Et puis j’aimerais aussi que ça puisse permettre à des proches de patients de comprendre ce par quoi ils passent car beaucoup de spectateurs nous confient que lorsque leur fils, leur père ou leur conjoint était en centre de rééducation, ils avaient beau venir les voir tous les jours, ils ignoraient qu’ils avaient pu vivre ce qu’on montre dans le film… Même le personnel médical, qui les suit pourtant au quotidien, l’ignorait…peut-être.

Nicolas Colle.

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